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FRANCE :: RéLIGION

Infos: Actualités France :: PREDICATION DU DIMANCHE 1er JANVIER 2023 Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA Jour de l’an :: France news

Textes : Nombres 6, 22-27 ; Galates 4, 4-7 ; Luc 2, 16-21 Sœurs et frères en Jésus Christ, Nous accueillons aujourd’hui avec joie et action de grâce, une nouvelle année. Cela fait une semaine que nous avons célébré Noël. Et en ce début d’année, j’aimerai revenir sur l’histoire de Noël. Oh ! ne me comprenez pas de travers

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Infos: Actualités France :: PREDICATION DU DIMANCHE 1er JANVIER 2023 Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA Jour de l’an :: France news

Textes : Nombres 6, 22-27 ; Galates 4, 4-7 ; Luc 2, 16-21

Sœurs et frères en Jésus Christ,

Nous accueillons aujourd’hui avec joie et action de grâce, une nouvelle année. Cela fait une semaine que nous avons célébré Noël. Et en ce début d’année, j’aimerai revenir sur l’histoire de Noël.

Oh ! ne me comprenez pas de travers, il ne s’agit pas de verser dans le sentimentalisme et les histoires à l’eau de rose ; il ne s’agit pas de réduire le Christ à une histoire de beau bébé rose qui sourit à la vie et qui nous arrache des larmes d’émotion et de joie. Mais peut-être que la présence des enfants peut nous entraîner dans la prise de conscience de la victoire de la vie et de la joie sur toutes les morts qui jalonnent nos vies.

Et je ne veux pas seulement parler de la morts des êtres chers qui nous ont quittés ; je veux parler de toutes ces blessures, de toutes ces déceptions, de toutes ces tristesses, de toutes ces fautes, de tous ces regrets qui sont autant de morts qui nous figent et nous enferment dans une résignation, parfois une honte et toujours une tristesse infinie ; oui, je veux parler de toutes ces ténèbres qui jalonnent notre vie et qui nous poussent dans les ornières de l’amertume et du doute, de la révolte ou de la haine (de Dieu et / ou des hommes) qui blessent et épuisent une vie d’homme. Je veux parler de tout ce qui dans notre vie nous empêche de relever la tête et de croire aux promesses de Dieu ; de croire à la victoire de la vie et de l’amour, du pardon et de la paix sur la mort, la haine, la faute et la désunion.

Aujourd’hui, l’Evangile nous met en présence des bergers, ces marginaux, un peu fruste et rustre, méprisé de la société du temps de Jésus. Les considérait-on seulement comme des hommes à part entière ?
 
Je n’en suis pas si sûre. Toujours est-il que c’est eux justement que les anges, c’est à dire les messagers de la Bonne nouvelle du salut de Dieu, viennent rencontrer. Et c’est à des cœurs résignés et blessés, endurcis et blasés, que la naissance du sauveur ; que cette vie nouvelle prémisse de nouvelle naissance dans la vie des hommes est annoncée.

Et je me suis demandé comment j’aurais réagi à cette nouvelle ; aurai-je seulement accepté d’entendre ce qu’annonçaient les anges ? aurais-je été aussi curieux que les bergers et me serais-je mis en route pour voir ? N’aurais-je pas plutôt conclu que ces anges n’étaient qu’une bande de farfelus, d’illuminés… mais pas forcément par la grâce de Dieu ? Peut-être aurais-je secoué la tête en me disant qu’il faut de tout pour faire un monde, mais qu’en tout cas moi, on ne m’aurait pas avec une histoire de naissance dans une crèche et de langes.

Mais peut-être que justement, les vrais blasés ne sont pas ceux qu’on croit ; les vrais résignés, les vrais incrédules ne sont pas ceux qu’on imagine ou catalogue comme tels ; peut-être que les plus insensibles, les plus durs de cœurs, les plus orgueilleux et les plus fiers, ne sont pas ceux qu’on fige et classe ainsi.

En fait, qui suis-je en vérité, derrière la façade que je me fabrique souvent ? Suis-je encore capable d’émerveillement ? Suis-encore capable de reconnaître dans ma vie, les signes de l’amour et de la tendresse de Dieu ? Suis-je encore capable de recevoir et de croire que l’enfant de la crèche, né en marge de la société des hommes, est véritablement le sauveur du monde, … le sauveur de ma vie qui change mes tristesses en joie, mes déceptions et mes amertumes en explosion de vie, mes mutismes et mes doutes en témoignage de foi et d’espérance ?

Les bergers, se sont mis en route ; au point où ils en étaient, ils n’avaient plus rien à perdre. Mais faut-il tomber aussi bas pour enfin se mettre en route à la recherche du Christ ?

Toujours est-il qu’ils se mettent en route vers l’enfant de la crèche pour voir ce que les anges leur avaient annoncé. Et cette mise en route, va être pour eux le commencement d’un bouleversement radical de leur vie ; auprès de l’enfant de la crèche, ils vont vivre une nouvelle naissance, une véritable résurrection à la joie et à la vie ; cette rencontre avec le Christ va les réintégrer dans le monde des hommes et les conduire vers ceux qui les excluaient afin de leur apporter la bonne nouvelle de l’amour et du pardon de Dieu. 
 
Le monde à l’envers ! Les derniers deviennent les premiers. Les sans-voix deviennent des témoins ; ceux qui ont peur et vivent dans la crainte, chantent – à la manière des anges – la louange de Dieu. Eux qu’on considérait un peu comme des démons, ils deviennent en fait eux-mêmes anges, messagers de Dieu sur terre, porteurs de bonne nouvelle ; témoins d’une expérience vécue et non d’un catéchisme rabâché. Témoins d’un événement qui est pour eux un avènement ; d’une vie qui devient leur vie et qui fera dire plus tard à l’apôtre Paul et à des générations de croyants : Christ est ma vie !

Voilà la réalité de Noël : des hommes ont entendu, ont cru et ont vu et l’ont fait connaître au monde entier. Ils n’étaient pas des héros, ni des savants ou des princes mais de simples bergers capables d’émerveillement ; assez conscients de leur détresse et de leur misère, de leurs limites et de leur vide intérieur pour accepter de se laisser toucher pour la tendresse de Dieu et de faire le pari de l’amour et de la vie.

Et nous ?

Les bergers repartent de la crèche vers le quotidien de leurs jours, mais désormais, ils ne sont plus les mêmes, leur silence s’est déployé en témoignage et en partage ; en chant de louange et de joie ; oh leur vie n’a certainement pas beaucoup changé ; ils sont et restent bergers. Mais au fond d’eux-mêmes, dans leur cœur, dans leur tête tout a changé car ils se savent désormais reconnus et aimés d’un amour infini, l’amour de Dieu qui s’est approché d’eux dans ce petit enfant de la crèche.

Tout est bouleversé : les exclus sont les premiers accueillis ; les méprisés sont réintégrés dans leur dignité humaine ; ceux qui vivent dans la crainte et la tristesse sont rendus à la joie ; ceux qui vivent dans l’obscurité et la mort sont rendu à la lumière et à la vie.

C’est cela Noël : un bouleversement dans toute logique humaine ; un renversement des raisonnements et des discours humains, une révolution des valeurs, des priorités et les principes, simplement, par la naissance d’un enfant. Pouvez-vous comprendre cela ?

Nous sommes venus, aujourd’hui, fêter la nouvelle année 2023 qui suit la continuité de Noël, autrement dit, nous sommes venus accueillir et fêter une révolution, un renversement, un bouleversement dans notre vie ; nous sommes venus pour réapprendre l’émerveillement devant la promesse de vie et d’espérance ; nous sommes venus réapprendre la foi et la confiance au lieu de la crainte et de la peur.

Nous sommes venus pour retrouver un nouveau souffle, un nouvel élan dans notre vie figée dans l’amertume ou la tristesse, blessée par la faute ou la mort ; nous sommes venus réapprendre l’adoration, la louange et l’action de grâce à Dieu qui nous a rejoint dans nos solitudes et nos fragilités et qui nous met en mouvement, en route vers la vie et vers les autres.

Nous sommes venus, comme les bergers, pour accueillir dans notre vie, le Messie, le Sauveur promis, Jésus Christ, lumière dans nos obscurités, réconciliation et paix dans nos fautes et nos rancœurs, consolation et vie dans nos blessures et nos morts.

Sœurs et frères, si c’est effectivement ainsi que nous sommes venus aujourd’hui dans cette église, pour fêter la nouvelle année que Dieu nous accorde, pour fêter le Christ qui vient de naître en chacune et chacun de nous, alors nous ne repartirons pas les cœurs vides ; alors notre vie peut renaître à l’amour et à l’espérance, à la paix du cœur et à la joie, au pardon et à la réconciliation, autrement dit : au bonheur véritable et à la vie en plénitude par le Christ qui veut naître aujourd’hui dans la fragilité, dans les impasses et dans les nuits de nos vies !

L’année 2022 nous a conduit à reconsidérer ce qui est essentiel.

Je vous adresse tous mes vœux pour une année pleine de lumière, d’espérance et d’inattendu créateur de vie pour vous et vos proches.

Je vous souhaite de tout cœur une nouvelle année, généreuse en humanité, riche de simplicité, pleine de joie vraie et profonde.

Et que la paix habite vos cœurs pour accueillir avec confiance chaque moment. 

Avec mes meilleures pensées, dans l’assurance de sa Venue et une espérance ravivée pour le monde. Amen.

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Infos: Actualités France :: PREDICATION DU DIMANCHE 29 JANVIER 2023 Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA :: France news

Textes : Sophonie 2, 3-3 ; 1 Corinthiens 1, 26-35 ; Matthieu 5, 1-12 Trois points de méditation peuvent nous aider pour avancer sur le chemin des Béatitudes qui conduit à voir Dieu, que Jésus nous ouvre dans son Évangile : un visage qui est à la source et à l’arrivée, une joie toujours présente, éternelle, une joie

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Infos: Actualités France :: PREDICATION DU DIMANCHE 29 JANVIER 2023 Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA :: France news

Textes : Sophonie 2, 3-3 ; 1 Corinthiens 1, 26-35 ; Matthieu 5, 1-12

Trois points de méditation peuvent nous aider pour avancer sur le chemin des Béatitudes qui conduit à voir Dieu, que Jésus nous ouvre dans son Évangile : un visage qui est à la source et à l’arrivée, une joie toujours présente, éternelle, une joie qui ne peut être que communautaire, fraternelle.

Avant de parler, Jésus regarde, considère ses interlocuteurs avec attention, bienveillance, vérité et amour, afin de les envisager en leur avenir qui est celui de la sainteté et dans ce qu’il va faire pour eux en ce sens. C’est une constante que nous relatent les Évangiles : les foules ici qui le suivent (Mt 5,1).

Les paroles que Jésus nous adresse viennent de son cœur, par ce regard qui nous accompagne et nous construit avec amour. Elles nous appellent à nous tourner vers ce visage, pour nous reconduire vers son cœur, dont nous nous sommes éloignés au premier jour. « Voyant les foules … » : Jésus pose sur elles son regard, avant de leur proposer sa parole. Dans cette contemplation première, lui qui sonde les cœurs et les reins, il connaît les pensées de chacun, il lit leur attente et déchiffre leur espérance, prière silencieuse. Il va leur adresser ces paroles de béatitude dont l’ensemble se récapitule dans la promesse de la vision de Dieu faite aux cœurs purs : « …ils verront Dieu. »

Le regard de Dieu sur l’homme appelle, guide, le regard de l’homme sur Dieu. Comme la parole de Dieu ne revient pas vers Dieu sans avoir accompli sa mission (Es 55,8-11), ainsi le regard du Fils de Dieu ne revient pas vers son Père sans avoir tourné le visage des hommes vers celui qu’ils ont transpercé (Za 12,10; Jn 19,37) vers le visage visible du Dieu invisible (Col 1,15).

« Voyant les foules, Jésus gravit la montagne ». Pour recevoir la loi de Dieu, Moïse était monté sur la montagne à l’écart du peuple (Ex 19). Pour proclamer la joie selon Dieu, Jésus, nouveau Moïse, gravit une autre montagne entouré de ses disciples et de la foule venue l’écouter, il va expliquer, désigner, nous montrer, non de loin, inaccessible (Ex 32,52; 34,4), mais de près, quelle est la finalité de la loi: le bonheur, non en terre d’esclavage du péché, mais en Terre promise, en Dieu, en lui. Mais le chemin que nous décrit Jésus est difficile, long, exigeant. Pour le Seigneur, le vrai bonheur n’est pas facile d’accès comme le monde veut le faire croire, mais nul ne pourra le ravir à celui qui en est habité (Jn 15,22).

Mais alors cet enseignement difficile, qu’un Rabbi de Galilée a délivré à une foule égarée, il y a près de vingt siècles, nous concerne-t-il encore aujourd’hui ? Relisez, par exemple, la plupart des discours d’une campagne électorale un an plus tard, cela n’a plus beaucoup de portée ou de poids. Ne parlons pas de deux mille ans après ! Mais les Béatitudes ne sont pas un programme électoral. Le candidat avec un tel discours n’aurait guère de chance de remporter le scrutin. Rien en elles n’est constitué des fausses promesses aux scintillements racoleurs qui mènent les démagogues au pouvoir.

Avec Jésus, il ne s’agit pas de pouvoir, mais de service. C’est une élection divine : en son amour infini, il élit chacun en son cœur, l’invitant à sa joie éternelle avec ses frères et ses sœurs. Alors, chacun est appelé à l’élire à son tour par toute sa vie, comme le seul et vrai Dieu.

Ainsi sa parole nous enseigne toujours, car elle est de la vérité éternelle, elle est de Celui qui est la Vie : elle est sans cesse d’actualité, agissante. La parole de Dieu est la langue vivante par excellence. Le Verbe qui se fait chair, ne fait pas une campagne électorale, mais une campagne d’amour, pour le salut de tous les hommes.

Malgré cela, tout ce qu’il a fait pour nous, on reproche souvent à Dieu d’avoir mal fait le monde, ou même de l’avoir mal restauré en son Fils mort sur une croix. Et pourtant, la souffrance partagée, écoutée, diminue, et la joie partagée, accueillante, augmente. S’il est des béatitudes s’adressant à une personne ? « Heureux le serviteur que le Seigneur trouvera en train de veiller à son retour » (Lc 12,37).

« Heureux celui qui croit sans avoir vu » (Jn 20,29) …, ici, insistance est donnée par Jésus sur la dimension communautaire de la joie véritable, comme au dernier soir, après le lavement des pieds « Sachant cela, heureux serez-vous si vous le faites » (Jn 13,17), s’adressant au collège des apôtres. Ainsi, à la foule rassemblée, Jésus ne dit pas « Heureux le … », mais « Heureux les …». Quand il manque une brebis au bercail, la joie en plénitude de chacun est entravée. La joie de la présence de chacun vaut la joie de tous les autres dans le cœur de Dieu (Lc 15,7). La joie de chacun ne va pas sans la joie de tous les autres, et inversement.

Ainsi, la contemplation de Dieu n’est pas une affaire individualiste : mon frère, ma sœur ne peuvent en être absent. Comment pourrais-je aimer Dieu que je ne vois pas, si je n’aime pas mon frère que je vois ? (1 Jn 4,20) Car il n’a pas dit « Heureux le cœur dur », mais « Heureux les cœurs purs », les cœurs de frère, de sœur, polis par l’expérience de la miséricorde : en aimant leurs prochains qu’ils voient ils pourront déjà contempler en eux Dieu qu’ils ne voient pas.

En effet, en Moïse nous savons que « nul ne peut voir Dieu sans mourir » (Ex 33,20). En Christ nous connaissons que nul ne peut voir Dieu sans que Dieu meure, meure pour nous, nous ouvrant en son amour, le seul chemin possible de la vision béatifique éternelle : nul ne peut voir Dieu sans mourir avec lui pour ses frères, sans mourir avec lui qui est mort pour nos péchés, sans mourir en lui à nos péchés, sans être lavé par l’eau de sa miséricorde, purifié dans le sang de l’Agneau, du pardon. Nul ne peut voir Dieu sans demeurer avec lui là où il est d’abord dans l’humilité de sa passion et de sa mort, afin d’être avec lui pour toujours dans sa gloire.

Notre amour pour lui dans la gloire trouve sa vérité dans notre amour pour lui dans l’humilité. Le chemin de la contemplation de Dieu dans la gloire passe par celui de la contemplation de Dieu dans l’humilité. Heureux celui qui connaît le Christ dans l’humilité de sa présence eucharistique et fraternelle (Mt 25,40), il pourra le reconnaître dans la gloire de sa présence éternelle auprès du Père dans l’Esprit, au jour du face à face. Ce jour de l’émerveillement infini devant Dieu, sera alors celui des retrouvailles éternelles dans la gloire avec Dieu déjà connu, aimé en son humilité : jour sans fin habité de la richesse toujours nouvelle de son amour. Ainsi, celui qui passe à côté du Christ dans l’humilité, en ses frères (Lc 10,31,32), ne risque-t-il pas finalement, d’une manière ou d’une autre, de passer à côté de lui dans la gloire ?

Heureux les cœurs purs, ceux qui ne s’arrêtent pas à l’apparence de la misère de leurs frères et sœurs, mais qui regardent au cœur (1 Sm 16,7), qui regardent leurs frères et sœurs au cœur comme Dieu les regarde, ils verront le regard de Dieu s’y refléter. Heureux les cœurs purs : ceux qui regardent leurs frères en Dieu, ils verront Dieu en leurs frères, avant de voir Dieu avec leurs frères pour l’éternité. Amen.

 

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Textes : Sophonie 2, 3-3 ; 1 Corinthiens 1, 26-35 ; Matthieu 5, 1-12 Trois points de méditation peuvent nous aider pour avancer sur le chemin des Béatitudes qui conduit à voir Dieu, que Jésus nous ouvre dans son Évangile : un visage qui est à la source et à l’arrivée, une joie toujours présente, éternelle, une joie

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Textes : Sophonie 2, 3-3 ; 1 Corinthiens 1, 26-35 ; Matthieu 5, 1-12

Trois points de méditation peuvent nous aider pour avancer sur le chemin des Béatitudes qui conduit à voir Dieu, que Jésus nous ouvre dans son Évangile : un visage qui est à la source et à l’arrivée, une joie toujours présente, éternelle, une joie qui ne peut être que communautaire, fraternelle.

Avant de parler, Jésus regarde, considère ses interlocuteurs avec attention, bienveillance, vérité et amour, afin de les envisager en leur avenir qui est celui de la sainteté et dans ce qu’il va faire pour eux en ce sens. C’est une constante que nous relatent les Évangiles : les foules ici qui le suivent (Mt 5,1).

Les paroles que Jésus nous adresse viennent de son cœur, par ce regard qui nous accompagne et nous construit avec amour. Elles nous appellent à nous tourner vers ce visage, pour nous reconduire vers son cœur, dont nous nous sommes éloignés au premier jour. « Voyant les foules … » : Jésus pose sur elles son regard, avant de leur proposer sa parole. Dans cette contemplation première, lui qui sonde les cœurs et les reins, il connaît les pensées de chacun, il lit leur attente et déchiffre leur espérance, prière silencieuse. Il va leur adresser ces paroles de béatitude dont l’ensemble se récapitule dans la promesse de la vision de Dieu faite aux cœurs purs : « …ils verront Dieu. »

Le regard de Dieu sur l’homme appelle, guide, le regard de l’homme sur Dieu. Comme la parole de Dieu ne revient pas vers Dieu sans avoir accompli sa mission (Es 55,8-11), ainsi le regard du Fils de Dieu ne revient pas vers son Père sans avoir tourné le visage des hommes vers celui qu’ils ont transpercé (Za 12,10; Jn 19,37) vers le visage visible du Dieu invisible (Col 1,15).

« Voyant les foules, Jésus gravit la montagne ». Pour recevoir la loi de Dieu, Moïse était monté sur la montagne à l’écart du peuple (Ex 19). Pour proclamer la joie selon Dieu, Jésus, nouveau Moïse, gravit une autre montagne entouré de ses disciples et de la foule venue l’écouter, il va expliquer, désigner, nous montrer, non de loin, inaccessible (Ex 32,52; 34,4), mais de près, quelle est la finalité de la loi: le bonheur, non en terre d’esclavage du péché, mais en Terre promise, en Dieu, en lui. Mais le chemin que nous décrit Jésus est difficile, long, exigeant. Pour le Seigneur, le vrai bonheur n’est pas facile d’accès comme le monde veut le faire croire, mais nul ne pourra le ravir à celui qui en est habité (Jn 15,22).

Mais alors cet enseignement difficile, qu’un Rabbi de Galilée a délivré à une foule égarée, il y a près de vingt siècles, nous concerne-t-il encore aujourd’hui ? Relisez, par exemple, la plupart des discours d’une campagne électorale un an plus tard, cela n’a plus beaucoup de portée ou de poids. Ne parlons pas de deux mille ans après ! Mais les Béatitudes ne sont pas un programme électoral. Le candidat avec un tel discours n’aurait guère de chance de remporter le scrutin. Rien en elles n’est constitué des fausses promesses aux scintillements racoleurs qui mènent les démagogues au pouvoir.

Avec Jésus, il ne s’agit pas de pouvoir, mais de service. C’est une élection divine : en son amour infini, il élit chacun en son cœur, l’invitant à sa joie éternelle avec ses frères et ses sœurs. Alors, chacun est appelé à l’élire à son tour par toute sa vie, comme le seul et vrai Dieu.

Ainsi sa parole nous enseigne toujours, car elle est de la vérité éternelle, elle est de Celui qui est la Vie : elle est sans cesse d’actualité, agissante. La parole de Dieu est la langue vivante par excellence. Le Verbe qui se fait chair, ne fait pas une campagne électorale, mais une campagne d’amour, pour le salut de tous les hommes.

Malgré cela, tout ce qu’il a fait pour nous, on reproche souvent à Dieu d’avoir mal fait le monde, ou même de l’avoir mal restauré en son Fils mort sur une croix. Et pourtant, la souffrance partagée, écoutée, diminue, et la joie partagée, accueillante, augmente. S’il est des béatitudes s’adressant à une personne ? « Heureux le serviteur que le Seigneur trouvera en train de veiller à son retour » (Lc 12,37).

« Heureux celui qui croit sans avoir vu » (Jn 20,29) …, ici, insistance est donnée par Jésus sur la dimension communautaire de la joie véritable, comme au dernier soir, après le lavement des pieds « Sachant cela, heureux serez-vous si vous le faites » (Jn 13,17), s’adressant au collège des apôtres. Ainsi, à la foule rassemblée, Jésus ne dit pas « Heureux le … », mais « Heureux les …». Quand il manque une brebis au bercail, la joie en plénitude de chacun est entravée. La joie de la présence de chacun vaut la joie de tous les autres dans le cœur de Dieu (Lc 15,7). La joie de chacun ne va pas sans la joie de tous les autres, et inversement.

Ainsi, la contemplation de Dieu n’est pas une affaire individualiste : mon frère, ma sœur ne peuvent en être absent. Comment pourrais-je aimer Dieu que je ne vois pas, si je n’aime pas mon frère que je vois ? (1 Jn 4,20) Car il n’a pas dit « Heureux le cœur dur », mais « Heureux les cœurs purs », les cœurs de frère, de sœur, polis par l’expérience de la miséricorde : en aimant leurs prochains qu’ils voient ils pourront déjà contempler en eux Dieu qu’ils ne voient pas.

En effet, en Moïse nous savons que « nul ne peut voir Dieu sans mourir » (Ex 33,20). En Christ nous connaissons que nul ne peut voir Dieu sans que Dieu meure, meure pour nous, nous ouvrant en son amour, le seul chemin possible de la vision béatifique éternelle : nul ne peut voir Dieu sans mourir avec lui pour ses frères, sans mourir avec lui qui est mort pour nos péchés, sans mourir en lui à nos péchés, sans être lavé par l’eau de sa miséricorde, purifié dans le sang de l’Agneau, du pardon. Nul ne peut voir Dieu sans demeurer avec lui là où il est d’abord dans l’humilité de sa passion et de sa mort, afin d’être avec lui pour toujours dans sa gloire.

Notre amour pour lui dans la gloire trouve sa vérité dans notre amour pour lui dans l’humilité. Le chemin de la contemplation de Dieu dans la gloire passe par celui de la contemplation de Dieu dans l’humilité. Heureux celui qui connaît le Christ dans l’humilité de sa présence eucharistique et fraternelle (Mt 25,40), il pourra le reconnaître dans la gloire de sa présence éternelle auprès du Père dans l’Esprit, au jour du face à face. Ce jour de l’émerveillement infini devant Dieu, sera alors celui des retrouvailles éternelles dans la gloire avec Dieu déjà connu, aimé en son humilité : jour sans fin habité de la richesse toujours nouvelle de son amour. Ainsi, celui qui passe à côté du Christ dans l’humilité, en ses frères (Lc 10,31,32), ne risque-t-il pas finalement, d’une manière ou d’une autre, de passer à côté de lui dans la gloire ?

Heureux les cœurs purs, ceux qui ne s’arrêtent pas à l’apparence de la misère de leurs frères et sœurs, mais qui regardent au cœur (1 Sm 16,7), qui regardent leurs frères et sœurs au cœur comme Dieu les regarde, ils verront le regard de Dieu s’y refléter. Heureux les cœurs purs : ceux qui regardent leurs frères en Dieu, ils verront Dieu en leurs frères, avant de voir Dieu avec leurs frères pour l’éternité. Amen.

 

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Textes : Esaïe 49, 3-6 ; 1 Corinthiens 1, 1-3 ; Jean 1, 29-34 « Et moi je ne le connaissais pas » : quelle parole étonnante ! Bien sûr, Jean Baptiste connaissait Jésus. C’était son propre cousin. Depuis longtemps il savait qu’il était le Messie, et il avait préparé sa venue, tracé son chemin, c’est lui qui

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Textes : Esaïe 49, 3-6 ; 1 Corinthiens 1, 1-3 ; Jean 1, 29-34

« Et moi je ne le connaissais pas » : quelle parole étonnante ! Bien sûr, Jean Baptiste connaissait Jésus. C’était son propre cousin. Depuis longtemps il savait qu’il était le Messie, et il avait préparé sa venue, tracé son chemin, c’est lui qui avait tressailli dans le sein de sa mère lorsque Marie est venue à la rencontre d’Élisabeth. Alors que veut dire cette parole ?

Jean Baptiste se faisait une représentation du Messie, comme tous les juifs de son temps. Il croyait à ce Messie qu’on attendait. Pour cela il fallait se convertir, préparer son cœur pour l’accueillir : « Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres, tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu » (Mt 3, 10). Il le présente comme un vanneur, qui va nettoyer son aire à battre le blé, qui sépare la paille du grain. Il va garder le grain et brûler la paille dans un feu qui ne se consume pas.

Le Messie est celui qui vient accomplir un jugement, il annonce un jour où tout va être remis en ordre, mais à quel prix ? C’est lui qui va baptiser dans l’Esprit Saint et le feu, qui va séparer les bons et les méchants, comme le feu du jugement dernier. C’est pourquoi en voyant Jésus venir à lui, pour se faire baptiser à la suite des pécheurs, Jean Baptiste s’exclame : « c’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi !» (Mt 3, 14).

Jésus répond : « pour le moment, laisse-moi faire. Il faut accomplir toute justice ». Il faut souligner ce paradoxe : celui qui vient se faire baptiser dans les eaux de la mort, c’est lui qui vient apporter le baptême dans l’Esprit Saint. Le feu va descendre dans l’eau. Le feu de l’Esprit Saint nous est donné à travers l’eau de la repentance, non pas après mais dans le baptême.

« Et moi, je ne le connaissais pas ». Jésus se manifeste d’abord à Jean Baptiste, comme ce Messie serviteur souffrant qui prend les péchés, les souffrances des hommes. Il le manifeste en descendant dans l’eau de nos péchés. Jean Baptiste le désigne comme l’Agneau de Dieu qui porte les péchés du monde. Il ne le connaissait pas comme cela. Là il le découvre comme serviteur souffrant. C’est la nouveauté de la nouvelle Alliance, mais pourtant annoncée par les prophètes. Quel chemin a dû faire Jean Baptiste !

Ce n’est pas fini pour lui, car quand il sera en prison, il attendra encore la manifestation glorieuse du Messie. Mais apprenant les signes que Jésus opérait, ce qui ne correspondait pas à ce qu’on attendait du Messie, il dit : « Es-tu celui qui doit venir ou bien devons-nous en attendre un autre ?».

Ce chemin que Jean Baptiste a vécu, tout croyant doit le vivre dans son cœur, l’accueillir dans sa vie. Jésus nous déroute mais il est bon qu’il en soit ainsi. C’est cette image de Jésus qu’il faut faire nôtre, qu’il faut nous approprier. Comme pour ces gens qui lisent toujours le même journal, parce qu’il dit ce que l’on veut entendre, Jésus nous invite à sortir de nos habitudes. Jésus nous déroute parce qu’il ne va pas toujours dans le sens de nos opinions. L’Église de Jésus Christ d’Orient et d’Occident, qui rassemble tous les hommes, n’est ni de droite, ni de gauche ; elle n’est ni d’un côté ni de l’autre, ni traditionnelle, ni progressiste ; mais elle nous donne ce qu’il y a de meilleur dans chacun de ces courants, tout en les purifiant de ce qui n’est pas bon.

Avons-nous peur de ce que Jésus nous dit et qui nous déroute ? Sommes-nous capables d’accueillir en nous cette parole ?

Sommes-nous prêts à ce chemin de désinstallation de nos idées sur le Christ, l’Église, la Parole de Dieu?

Voilà la question que nous pose Jean Baptiste. Un chemin qui n’est pas sans douleur. Aujourd’hui où nous accueillons parfois des frères, des sœurs, qui sont d’autres confessions que nous et témoins d’autres traditions, engagés sur le même chemin du Christ, notre communauté doit s’ouvrir à la plénitude du Christ qui nous dépasse, nous dérange, nous appelle. Sachons accueillir les aspects du visage du Christ, dans les différents visages du monde. Tout cela est la Parole de Dieu. Accueillons-la dans notre cœur.

Bien-aimés dans le seigneur,

Il y a quelques années, j’ai vécu au cours d’un culte une expérience quelque peu étonnante, voire même étrange. Il y avait devant moi, un jeune homme qui n’arrêtait pas de me fixer de son regard. Et cela depuis le début du culte. Il m’était impossible de l’éviter. Chaque fois que mes yeux balayaient l’assemblée, je croisais les siens. J’étais dérangé parce que je n’arrivais pas à comprendre la fixité et l’intensité de son regard à mon égard. Quelques mauvaises pensées m’ont même traversé l’esprit au cours de la prière eucharistique lorsque je constatais qu’il continuait de me regarder de la sorte. Un peu comme si en paraphrasant le texte de Raoul Follereau, chaque fois, que je le voyais, je savais par lui que j’étais vivant.

Bien vivant puisque je sentais en moi monter un certain énervement. Quelle ne fut pas ma surprise après lui avoir donné la communion de découvrir lorsqu’il s’est retourné qu’il portait des appareils auditifs et que depuis le début du culte, il lisait sur mes lèvres. A cet instant, je compris l’intensité de son regard. C’est par ses yeux qu’il pouvait m’entendre.

Finalement, je me suis rendu compte qu’un regard est rarement neutre. Certains regards nous étonnent, d’autres nous effrayent, d’autres encore nous rassurent Il suffit parfois d’un simple regard pour se trouver bien ou pour être mal. A un moment donné de la vie, le regard de l’autre me façonne, me construit. Et souvent quand il me déstabilise, c’est parce que j’ai peur d’être jugé, incompris, condamné, en fait mal aimé tout simplement. De plus, par mon regard, tu ressentiras toute l’amitié que j’ai pour toi et moi par tes yeux, je reconnais les sentiments qui habitent au plus profond de ton être. C’est dans les yeux de l’autre que nous cherchons des forces pour affronter des moments plus difficiles. Par un simple coup d’œil, je sais que je ne suis plus tout seul.

Quelqu’un est là, il m’aime et me redonne le courage. Ce n’est pas si étonnant que cela, cette puissance du regard, n’est-il pas vrai qu’avec les yeux, nous ne pouvons pas mentir. Un peu comme si ceux-ci étaient le miroir de notre âme. Ils disent quelque chose de nous. C’est pourquoi, j’aime plonger dans le regard de l’être aimé pour retrouver confiance. C’est vrai, il suffit parfois d’un simple regard pour se dire tant de choses. Qui d’entre nous, lorsqu’il était à l’école, par exemple, ne comprenait pas ses voisins de classe par de simples regards ?

Combien de chahuts n’ont pas commencé de la sorte. Le regard est tellement important qu’il n’y a rien de pire que de parler à quelqu’un qui a mis des lentilles de contacts illustrées ou encore quelqu’un dont nous ne pouvons pas voir les yeux cachés derrière des lunettes de soleil. Je trouve cela personnellement insupportable et j’invite toujours la personne à les retirer sauf évidemment si celles-ci permettent de cacher la douleur d’un événement. Dans les autres cas, j’ai toujours l’impression que si la personne cache ses yeux, la relation n’est pas tout à fait vraie. Je ne peux pas véritablement entrer en contact. Tout comme celles et ceux qui lorsqu’ils vous parlent regardent par terre, derrière ou à côté de vous.

Les yeux sont donc essentiels et c’est sans doute la raison pour laquelle Esaïe écrit :  » oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force  » ou encore lorsque Raoul Follereau conclut :  » quand je la vois, je sais par elle que je suis vivant « . Merveille du regard qui fait vivre. Merveille du regard qui s’attarde. Parce que finalement les yeux, c’est un peu comme la foi.

Dans la vie, toutes et tous, nous voyons des choses. Souvent de manière différente. Certains voient des détails auxquels les autres n’auront pas spécialement prêté attention. Il y a même parfois des choses que nous ne voyons pas du tout, comme si nous avions nos yeux en poche. C’est en cela que les yeux sont un peu comme la foi. Le regard est la lumière de l’amour et de la foi qui voit là où d’autres ne voient rien. Ce n’est donc pas parce que je n’ai pas vu quelque chose que la chose n’existe pas pour autant. Il en va de même pour la foi. Une foi éclairée par l’Esprit qui nous permet, comme Jean le Baptiste lorsque nous posons notre regard sur le mystère du Christ, de reconnaître, nous aussi :  » oui, je l’ai vu, c’est lui le Fils de Dieu « . Que par nos yeux nous puissions toujours voir la réalité, la vérité de Dieu. Amen.

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