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Infos: Actualités France :: HOMMAGE AU REV. PROFESSEUR JEAN SAMUEL HENDJE TOYA A L’OCCASION DE SON ANNIVERSAIRE :: France news

Très vénéré Révérend Professeur, Cher et adorable papa, Mon modèle et mon repère ! Joyeux anniversaire de ce lieu où tu te trouves désormais dans la félicité éternelle ! De ton vivant, tu es entré dans notre estime et notre affection. Tu es entré dans la gloire de celle de L’Eglise Evangélique du Cameroun, dans la gloire

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Infos: Actualités France :: HOMMAGE AU REV. PROFESSEUR JEAN SAMUEL HENDJE TOYA A L’OCCASION DE SON ANNIVERSAIRE :: France news
Très vénéré Révérend Professeur,

Cher et adorable papa,

Mon modèle et mon repère !

Joyeux anniversaire de ce lieu où tu te trouves désormais dans la félicité éternelle !

De ton vivant, tu es entré dans notre estime et notre affection. Tu es entré dans la gloire de celle de L’Eglise Evangélique du Cameroun, dans la gloire de notre histoire, sans jamais te départir de ton extrême et constante humilité.

Tu n’aimais ni honneurs ni éloges, mais tu dois pouvoir comprendre l’élan spontané de ton fils que je suis, qui à l’annonce de ta fin brutale, n’a pu contenir son émotion, et a laissé parler son cœur pour t’exprimer le témoignage de son amour pour toi.

Tu nous as donné tant de raisons de t’aimer que ta disparition crée en nous un vide immense, cruel, inconsolable : tu nous manques, tu nous manqueras beaucoup, tu nous manqueras toujours.

Après les multiples textes et témoignages que j’ai écrit pour te rendre hommage, je me sens aujourd’hui en perte d’inspiration pour trouver les termes et les mots qui soient vraiment à la hauteur de tes mérites exceptionnels.

Renonçant à cette recherche difficile aux résultats incertains, je me limite à l’évocation de cette pensée simple de Jean Guitton qui me parait résumer au mieux ce que tu fus, ce que tu resteras dans nos cœurs et dans nos consciences :

« Les êtres exceptionnels sont contemporains de l’avenir plus que de leur propre temps. A mesure que l’histoire avance, ils sont plus actuels ».

Pour les générations présentes et futures, tu seras toujours actuel !

Ton digne et noble fils,

Rév. Dr Joël Hervé BOUDJA

Paris, le 15 décembre 2022

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Infos: Actualités France :: Yoko ville d’avenir une cartographie observée par Calvin DJOUARI :: France news

J’ai foulé les pieds à Yoko pour la première fois en 1994 en Play boy, la tête bien raffinée, un corps reluisant, j’étais à l’âge mûr. Cette année-là fut assez mouvementée. Je sortais fraîchement de l’université de Yaoundé. J’étais donc un « Faker » comme on le disait à l’époque qui retrouvait avec joie ma

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Infos: Actualités France :: Yoko ville d’avenir une cartographie observée par Calvin DJOUARI :: France news

J’ai foulé les pieds à Yoko pour la première fois en 1994 en Play boy, la tête bien raffinée, un corps reluisant, j’étais à l’âge mûr. Cette année-là fut assez mouvementée. Je sortais fraîchement de l’université de Yaoundé. J’étais donc un « Faker » comme on le disait à l’époque qui retrouvait avec joie ma contrée d’élite, c’est-à-dire les bas-fonds du Cameroun. J’ai revu Yoko deux années plus tard en 1996.

Cette fois-là, je venais accompagner une amie qui s’y rendait pour des raisons de santé. Yoko étant l’un de beaux fiefs de la médecine traditionnelle. Une montagne d’années de vie me sépare avec le Yoko dont il sera question aujourd’hui. La Saviem qui nous transportait, était conduite par le célèbre chauffeur de l’époque papa Michel. Le voyage avait fait presque 14 heures. Nous avons quitté Yaoundé à 7h pour arriver à Yoko à 21 heures, poussiéreux comme les hommes sortis d’un désert.

Mon père dont la mère était native, nous parlait toujours de Yoko, de son enfance dans cette ville créée en 1889 par les Allemands, un sous-lieutenant au nom de Nolté. C’était une ville propre, qui possédait un jardin botanique. Yoko ville capitale des Baboutés, son nom vient de la colline Medjain, qui abritait la première école moderne. Nous sommes en période allemande et elle va perdre la guerre. Et, à partir de ce moment, Yoko va perdre aussi ses lauriers au profit de Bafia qui, à cette époque était un village au bord de la route. Yoko, ville des Baboutés qui avait pour poste avancée Bankim, Tibati, Ngaoundal était respecté pour ses ancêtres guerriers. C’est le Cameroun profond. Le dernier recensement a chiffré la population à une vingtaine de mille d’habitants sans qu’on ne soit sûr de son nombre exact, inégalement répartis sur une superficie de 15 000 km2. Avec l’exode rural, Yoko a perdu une grande partie de sa population.

Yoko est une ville ancienne, c’est connu. Le voyage pour Yoko était un voyage long. C’est le Cameroun profond. Le simple fait d’y penser à ce voyage donnait des migraines. Mais la gentillesse, l’amabilité et la générosité de ses habitants poussaient à l’aventure. Car voyager pour Yoko était excitant, c’est un safari dans les tropiques. Quel plaisir de voir les forêts, d’amorcer un virage périlleux, rencontrer un chimpanzé gravir une côte, cheminer à pied en cas de panne, pousser la voiture, entendre le vrombissement du moteur en aspirant l’épaisse fumée de sa combustion, qui embaumait cette végétation abondante dans son océan d’arbres. Tout cela accroissait notre curiosité et notre appréciation du périple.

Le car chargeait à la briqueterie ; dans les années 80, on y passait la nuit ; une nuit effervescente d’ambiance de voyage comme dans un salon de bazar. Les Baboutés se connaissent tous. Du moins, ils ont plus ou moins des liens proches conçus par alliance. Le car quittait à 7h. C’était un voyage de causerie, de ra-contage, de plaisanterie de toute sorte. Nous partagions au cours de ces voyages des intenses instants de fou rire. Surtout lorsque dans le car il y a une personne qui manie bien la langue maternelle.

Cela implique que dans le car, on discute de tout : de philosophie, de football, de magie, d’Alima, de Nguétou ou de Guervoum. C’était un endroit idéal pour quiconque veut se rappeler de sa jeunesse. Le voyage pour Yoko, symbolisait pour tous les Baboutés une grande retrouvaille. Le souvenir de Julie décédée tragiquement dans le car, tuée par une masse de boites à outils qui s’y logeait au-dessus de sa place. Magique n’est-ce pas ? dira-t-on.

Le goût de cette aventure était aussi marqué par l’attitude d’Ali le Motor Boy qui laissait le car s’éloigner à plus de 100 m avant de le rattraper à la course pour s’accrocher à l’échelle. Voir aussi les baboutés  et les vutés  https://o-trim.co/bte

Yoko a toujours eu le sens de l’histoire, c’est une ville affectionnée par les Allemands qui y avaient installé leur quartier général. Les tombes de ces colons sont encore là et devaient servir de témoignage et d’héritage vivant.

J’ai rencontré à l’époque des personnages fascinants tels que : Joseph Tchemvi, AZO, Louna grand professeur de maths, le père Michel que j’ai rencontré ici à Paris avant son décès, le grand diplomate Gbalé, Sylvie Okala, le souvenir de Véronique et de son généreux papa grand techniciens agricole, papa Djamna qui faisait l’agriculture avec fierté dans un idéal de liberté.

On n’oubliera pas l’enseignant Notchalé auteur du livre les « Baboutés et leurs voisins. » Cet homme a formé de nombreux Camerounais. Derrière son visage aujourd’hui fatigué, sa passion immodérée pour la littérature se lit toujours.

Yoko dégage, de jour comme de nuit, une grande énergie d’une civilisation lointaine. Lorsqu’on l’évoquait à un camerounais, celui-ci faisait voyager son esprit vers Yokadouma. Pourtant, rien à voir avec cette ville de l’Est du Cameroun. Dans mon livre revoir Yangba et Nkongsamba, j’y consacre plus de 60 pages à Yoko. Des passages qui expliqueront à la postérité son visage d’antan avant qu’elle ne soit ce qu’elle est aujourd’hui.

J’ai rencontré ici à Paris un des fils des premiers sous-préfets de Yoko des années soixante. Un certain Ateba Awono Daniel. Qu’il était content de rencontrer une personne ressortissante d’un village où il a passé son enfance ! J’ai partagé des moments chaleureux en sa compagnie. Il me racontera des anecdotes saisissantes : comment en compagnie de son père blottis dans la range rover, ils rencontraient des lions étalés sur la route et qui ne se levaient lorsqu’ils le voulaient ou encore des troupeaux de buffles par milliers qu’ils observaient à l’approche d’une savane. Il me parlera aussi du Baourou Seidou qui fut chauffeur du général Leclerc et le premier noir à entrer dans la ville de Paris libérée. Le souvenir d’Ernest Ouandié qui aurait enseigné à Yoko et qui finit par la prison de la même ville. Il connaissait les habitants de Yoko par cœur, les haoussas, les Mboum, les Tikars, Baveuck, et avant dit-il, on y trouvait des peuls.

Le renouveau de la ville

Il y a longtemps, Yoko, cette vieille cité, éprouvait cette envie de retrouver sa jeunesse d’antan. Cette ville, qui a traversé le temps, a foncièrement mûri aujourd’hui grâce aux talents de ses administrateurs. Avant d’aller plus loin rappelons un peu ces moments de braises à yoko. Voir un article similaire Ngoro  https://o-trim.co/cka

Yoko et son département

C’est avec un goût amer qu’on accueilli la nouvelle de Ntui érigée en département avant Yoko. La division de ces régions en deux départements est critiquable sur le plan ethnique, cette division à la coloniale qui est souvent à l’origine des rivalités des tribus riveraines avaient été mal pensée. Celui qui avait conseillé cela au chef de l’état ne connaissait pas l’histoire du Grand Mbam, pour l’administration en choisissant Ntui avant Yoko. Pour eux, qui étaient les grands ? Tous ces tribus ont pour parrain les Vutés et Yoko est la capitale. Ce n’est pas négociable.

Les Vutés dans son ensemble à l’époque ont piqué une crise de colère après ce décret. Pour calmer les esprits, toutes les élites viendront à Yoko calmer les habitants, car les Vutés étaient prêts à faire une expédition punitive sur Ntui et leur faire comprendre que bien qu’elle soit devenue, « star département », Yoko restera le maître de la région. Les promesses tombaient comme de la pluie. Toute une panoplie de promesse allant de la construction de la route d’aujourd’hui en passant par la création d’un pont. Cette promesse faite il y a 30 ans, voit enfin le jour. Cette ville abandonnée, jetée dans la poubelle de l’histoire renaît de ses cendres. La promesse politique n’engage que ceux qui la croient.

Après la marche de la population, les autorités de Yaoundé enverront un sous-préfet tyran en la personne de Somo Lys Daniel. Un homme de Dieu. Monsieur était foncièrement chrétien. Le premier devoir qu’il va se donner est de convertir le village au christianisme de réveil. Pour ce chef de terre, le département que Yoko réclame viendra par un salut : celui de Jésus, et il revient bientôt. Il va mettre l’accent sur cet aspect, d’abord : les prières au sein de toutes les administrations 5 fois par jour. Chaque fois qu’un usager se présentait devant lui, il commençait par une longue litanie de prière agrémentée de chants religieux. Toute parole prononcée était soutenue par un texte biblique. Au bureau des chants religieux, avant d’accueillir tout usager avant de le servir.  On le voyait déambuler dans les quartiers de Yoko un chapelet enrôlé à la main gauche en chantant allégrement des cantiques.

Celui-ci aura l’opposition du père Michel qui faisait à sa tête ; ce père qui n’était pas lui-même un saint, refusera d’obtempérer devant toutes les injonctions du chef de terre ; il ira même jusqu’à le qualifier dans une homélie de fou de Dieu. L’envoyé du chef de terre ira plus loin dans ses tendances autocratiques. Il interdit les manifestations comme les anniversaires ou les bals populaires pendant les jours de fêtes nationales ou religieuses. C’est ainsi que lors du réveillon du 24 décembre 1994, il demande que les bars qui étaient en pleine animation soient fermés immédiatement. J’étais présent dans le bar, s’y trouvait également son adjoint, les hauts cadres de l’administration, et les élites de Yaoundé, venues fêter Noël à yoko. Cet événement s’est déroulé dans le bar de Djamna, le seul bar qui avait la bonne musique. Et comme Yoko est ce qu’elle est, ce chef de terre sera rappelé à Yaoundé où il ira finir douloureusement.

Yoko a eu de ces sous-préfets ! Un autre dont j’aimerais bien taire le nom fut champion des femmes, il prenait tout : élève, commerçante, usager, employé de bureau. Celui-ci a failli se faire décapiter par un boucher qui l’avait surpris sur sa femme. L’homme n’avait pas de retenue, il prenait son pied partout, dans son véhicule, dans son bureau, il allait jusqu’à chercher les femmes dans les champs en plein travail champêtres. En cours de route, il garait carrément sa voiture et récupérait les femmes qui rentraient des champs les draguait et finissaient avec elles derrière un arbre en pleine brousse.

Le père Michel

 Le père Michel beaucoup ne le savent pas, était un ancien légionnaire formé pour travailler sur les terres arides ; il était là pour observer tout ce qui se déroule à la prison de Yoko et rendre compte à sa hiérarchie. Partout où il y a des endroits carcéraux d’envergure, un prêtre blanc n’est jamais loin. Puisqu’il sera en même temps aumônier de la prison pour veiller au grain.

Yoko la rose.

A cette époque, Yoko avait deux humanités : celle du jour et celle évidemment de la nuit. Le jour, c’est la vraie ville sympathique, propre avec ses douze mille habitants donnant à l’ensemble une atmosphère familiale. Un quartier représente une grande famille. Il y a des maisons modernes. Il fait bon vivre aussi dans des fascinantes paillotes, chaque soir les femmes papotent, soit pour coudre, soit pour vivre, soit pour chanter, en s’occupant des enfants qui trémoussent sur la cour. C’est quelque chose d’extrêmement vivant. Il y a bien sûr une part de ruralité là-dedans, et je me souviens surtout de l’ambiance de l’univers féminin, parce qu’il y avait beaucoup de femmes : mes tantes, ma sœur aînée Mandari, des cousines et mon cousin Emile de regretté mémoire… Ce sont des bruits, des odeurs, et des rires et des chansons de chorale qui s’associent aux souvenirs d’un jour.

Des modestes maisons, le quartier administratif est superbe comme celui dénommé santa Barbara en construction, là, on peut déclamer des hauteurs les nuages qui annonçaient la pluie qui ne tombera presque jamais et qui donne pourtant à ses passants homériques un air de liberté.

Le jour représente énormément de choses dans la ville de Yoko. On est heureux de voir le lointain paysage de soleil et les bouchers qui liment leur couteau en lançant des petites blagues aux clients. Il faut noter que les bouchers de Yoko ne sourient avec le client que s’il vend la viande qui a déjà fait quelques jours, il ne montre pas ses dents lorsque devant lui, on trouve la viande fraîche.

À la tombée des ténèbres nous allions à la rencontre des nuitards, aidé des jeunes de la ville qui nous emmène dans les bas-fonds de Yoko.
La nuit n’est toujours pas noire comme on peut l’espérer, avec ces chiens qui aboient comme s’ils avaient aperçu des cameramen.

C’est là où on découvre une ville où la noirceur est reine. Cette humanité sombre ne va pas aussi loin qu’il le peut dans l’exploration des profondeurs ; car, à Yoko la nuit, c’est trois fois le jour. Elle s’y complaît à ce temps ; c’est pourquoi la nuit peut se prolonger.

Yoko qui était la ville reine du grand Mbam dans les années 55 a vécu des injustices. On a claironné pour que cette ville devienne un département, on a même marché, une délégation forte composée de l’homme d’affaires James Onobiono viendra rassurer. Le préfet de Ntui des années 94 Abaté promettra… Mais rien. J’ai longtemps plaidé, toujours le silence de Yaoundé. Et voilà qu’arrive le ministre Sadi… Enfin un autochtone de Yoko ministre. Il va occuper un grand poste. Il sera à l’administration territoriale. Brillant diplomate, ce fut une joie… On se frottera les mains, les Baboutés buvaient à bouche que veux-tu, dans toutes les causeries du soir… Que le département c’est dans les prochains jours… Yoko sera-t-elle érigée en département dans les prochains jours ? on attendra longtemps, et le ministre diplomate s’en ira sans y faire la moindre allusion. Il a été la dernière chance de cette ville.

Yoko aujourd’hui

Aujourd’hui Yoko émerveille par sa symétrie et son décor bigarré. C’est une ville montante dans son homogénéité ou les parallèles se côtoient, c’est la ville du domino avec son carré-présent qui appelle les voyageurs à s’arrêter et à y séjourner en temps des fêtes, c’est la réjouissance baroque dans les maisons qui chauffent à l’allure d’une combustion vive ; des réjouissances féeriques qui finissent parfois dans un sommeil de coma, mais qui est vite repris le samedi de fin de mois lorsque les geôliers reçoivent leur gagne-pain. C’est là où tu vois les Yokolais et Yokolaises trémousser dans les bars surchauffés au rythme des musiques anciennes. 

Yoko aime les musiques d’antan, c’est quand une musique est passée de mode depuis 10 ans que Yoko prend le relais, la musique sera dansée pendant les deux autres années, comme pour dire qu’il y a des chansons qui sont passés de mode ici qui ne sont pas encore arrivées à Yoko. C’est pourquoi les fêtes à Yoko durent. Et oui, c’est normal, la musique, c’est comme du vin, plus elle est ancienne plus elle enivre. En deux jours, l’argent est fini et le camion de bière remonte sur Yaoundé pour le ravitaillement. A l’époque, lorsque le camion de papa Djamna arrivait, toute la ville était alertée, « Soum feintê, » la bière est arrivée…La bière est arrivée… Le journal « Djenné tong » titrait à la une. Tout s’arrêtait. C’est là où le présent rappelait le passé. Les paysans sortaient des champs. Durant les deux ou trois jours, les casiers de bière vide retournaient sur Yaoundé. 

Yoko est une ville de prédilection pour l’écriture. J’y ai rencontré des personnages fantastiques comme le tristement célèbre Wouigne. Ce petit bout d’homme a laissé des marques. C’est une ville historique qui a eu des têtes pensantes comme le professeur Francois Ngandji, celui-ci a fait la célèbre école William Ponty du Sénégal et l’université de Bordeaux et qui deviendra le premier vice-chancelier camerounais de l’université de Yaoundé dans les années 70, et directeur adjoint du CUSS. Avant lui, il  y a eu des personnages tout aussi célèbres comme BAOUROU Saidou ancien chauffeur du général Leclerc qui sera aussi le premier taximan camerounais dans la ville de Yaoundé, il eut le privilège d’être reçu par Georges Pompidou président de la République françaises après le général de Gaulle.

Yoko est donc à cet égard,  une ville des randonnées, d’errance et de pérégrination. Je me souviens encore lorsqu’on organisait le congrès annuel, avec ces étudiants qui venaient animer la ville pour des jours. (Soirées culturelles, congrès, bal, etc.) maintenant qu’il y a la route, pourquoi ne pas reprendre ce mouvement ? Il y fait bon vivre d’observer les chaines montagneuses de l’ouest. On y trouve des vallées et des collines fabuleuses. Le fictif et les rumeurs se nourrissent et se diffusent très vite.
C’est dire que la nature a toute sa place. Le marché commence tôt, pour permettre aux femmes de regagner les champs à toute vitesse avant le réveil des singes. S’il y en a encore.

Le maire actuel Honoré Annir tel que j’observe, est le père du Yoko moderne. Cet homme se bat depuis des années pour la grandeur de cette ville. Des villages non moins célèbres, chevauchent tout près, comme Nguila, Ngouetou, Guervoum, Nazareth, Foui ; c’est aussi une contrée qui est le foyer naturel du RDPC. Dans cette région, être activiste d’un autre parti est une posture qui peut coûter cher. On dira que tu as le « Megbeti » une sorte de sorcellerie qui jette les sorts. Les militants Upécistes ou de l’Undpc qui ont osé militer dans cette région sont presque observés à l’œil. Leur compte est toujours réglé à l’heure dite.

C’est en traversant les hameaux, qu’on se fait une idée de la pauvreté et de la misère, ces manques de moyens de tout genre. Pourtant une terre qui fait sortir du bois depuis un demi-siècle. Une terre de café et de cacao. Une région qui avait la plus importante faune du Cameroun.

La voirie

Outre les routes, Yoko a bénéficié d’une voirie municipale, ce qui fera son élégance. Les conditions de salubrité n’en étaient pas une, les détritus n’ont jamais colonisé la ville de Yoko. Les odeurs pestilentielles sont généralement ceux des viandes boucanées. Les Vutés, généralement, sont des personnes propres vêtus de leur boubou comme les Sarakolés ou les Peuls, ils tiennent à ce que leur entourage soit impeccable, la voirie répondrait plus à un besoin de création d’emplois que de révolution sanitaire. Mais il s’agit aussi de préparer l’avenir… Qui sait avec la population qui s’accroît de façon géométrique ce que Yoko deviendra d’ici dix ans. 

Les études à Yoko

La jeunesse à Yoko m’a-t-on dit, est un temps de bénédiction. Car c’est une ville indiquée pour les belles études, les conditions climatiques sont favorables. Le lycée malgré son manque de matériel et parfois d’enseignants, constitue un grand lieu d’épanouissement intellectuel. J’ai rencontré des enseignants dévoués dans ce lycée sans grands moyens qui avaient une ferme volonté de transmettre le savoir et qui le faisaient bien. Chaque année est spéciale et les réussites à des diplômes sont un événement qui concerne toute la ville. C’est chaque habitant qui se sent honoré. C’est pourquoi généralement, on affiche partout, Yoko a eu cette année telle réussite au BEPC, PROBATOIRE et BAC. Les conditions d’études sont rigoureuses, généralement les enseignants sont rares et ils font avec les anciens étudiants au chômage. Les élèves qui quittent généralement Yoko réussissent vite quand ils trouvent les meilleures conditions. Rien n’arrête plus leur élan. Tout leur sert de réussite, beaucoup sont des littéraires, leurs matières préférées. Malgré quelques coups de bâton qui ont fort heureusement disparu aujourd’hui, les maîtres chicotent au primaire pour donner le goût d’apprendre. Mais ce n’est pas ça qui fait étudier un enfant Vuté quand il veut faire la tête. Il y a ceux qui ont eu la tête dure. A l’instar de cet Elève qu’on appelait Nônen. Lorsque le maître demandait aux élèves de se mettre debout Nônen restait assis. Donne cent coups de bâton, Nônen ne se lèvera pas. Il ne bouge pas sous les regards médusés de ses camarades et du staff scolaire. Une attitude qui cadrait avec la traduction de son nom, « celui qui ne parle pas ».

Le lycée a connu des élèves extrêmement intelligents comme le diplomate Gbalé, la femme d’affaires Mekenda Elisabeth, ou encore M. Thérèse aujourd’hui docteur, et tant d’autres dont les noms m’échappent sont des hauts commis de l’état. La ville a connu aussi des lamentables élèves idiots comme Okala jo. Ce cerbère que j’ai trouvé en aventure en Afrique du Nord et dont j’ai apporté tout mon concours a pollué l’atmosphère avant de partir. Voilà un frère comme on aime dire à l’extérieur, qui atterrit de nulle part, et qui tombe entre tes mains, tu l’accueilles, tu le présente à toute la famille, tu lui négocies un boulot dont la hiérarchie accepte difficilement. Je veux faire de lui un surveillant de collège… il ne le souhaite pas… je m’aperçois qu’il ne sait ni lire, ni écrire… je fais donc de lui le chef des gardiens de nuit et du jour. Il y a 15 gardiens dans ce grand groupe académique. Je négocie une résidence. Je suis enfin content de retrouver un frère avec qui je peux causer tous les jours en langue maternelle, je lui confie des secrets professionnels pour l’aider dans son travail. Un mois après, il diffuse partout les plus secrets, je suis mis à nu. Me voilà presque dégommé, qui perd toute confiance de ma hiérarchie. Les calomnies commencent. Mon départ aussi. Comme chez nous, on aime les médiocres, il sera adulé, on le mettra sur un piédestal, avant de mordre à son tour son maître. Quand on n’aide pas souvent, personne ne peut le comprendre. Mais revenons sur Yoko.

Projet de 1000 livres.

Il y a dix ans, j’ai dit que j’enverrai 1000 livres au lycée de Yoko. J’ai chez moi 3000 livres. C’est connu. Tous ces livres, je les ai achetés. Beaucoup ne savent pas pourquoi ce projet n’a plus connu son essor. Lorsque, j’ai annoncé la nouvelle, des ténors ont cru que j’avais d’autres ambitions. On m’a écrit inbox pour me dissuader et d’autres pour exiger leur parrainage, je tais le nom ici, ils se reconnaîtront. Voilà pourquoi j’ai tout arrêté. Ici, en occident, on a la possibilité d’aider nos pays sans arrière-pensée. Je suis écrivain, l’écrivain ne se plie pas devant un roi que ferai-je avec d’autres titres. Nos frères de l’ouest bénéficient de tout cet avantage ici en occident pour le bénéfice de leur contrée. Mais chez nous, on cultive des survivances anachroniques. Qui ici en Europe n’a pas la volonté d’aider son village ? Tout le monde a cette possibilité avec un peu de volonté. C’était une parenthèse, retournons sur Yoko.

Yoko et son côté érémitique

Loin d’être un handicap, l’éloignement est une situation d’ouverture. Aujourd’hui Yoko est devenue une ville-champignon ; elle a une belle diversité. Ce qui accélère le développement ; car Yoko part pour être l’une des plus belles villes du Cameroun dans les 5 prochaines années. Elle sera mieux bâtie et mieux organisée et s’affirmera enfin comme la ville capitale du grand Mbam dont l’administration nous a souvent privé. Yoko était un vrai choc de culture. L’émotion qui s’est retranscrite sur les visages, mais aussi avec des mots, de la musique et des graffitis : le brouhaha des marchands sur les trottoirs, les motos taxis, les autobus bariolés, le concert strident des klaxons des motos, la présence de la grande forteresse dans le paysage, les églises de réveil des un juteux adjectif de cette ville.

Sans oublier les palmiers, les gigantesques pierres, les collines… Un vrai kaléidoscope d’images tropicales auxquelles s’ajoutent les couleurs des hommes dans leur boubou devenu chemise à force d’être déchiré. J’y ai retrouvé un mode de vie qui était un peu ce que j’avais connu à Ngoro et à Yangba. C’est-à-dire, des femmes qui reviennent des champs le soir, avec des lourdes buches sur la tête et qui viennent après s’occuper des enfants. Sur les cours des maisons les animaux qui déambulent avec ses bébés qui traînent sur la boue, des gamins qui traversent la route sans faire attention de la moto qui arrive.

Le téléphone arabe.

Yoko, c’est aussi le pays du téléphone arabe, les nouvelles circulent comme une traînée de poudre. À peine, tu arrives dans la ville que tout le monde est au courant, on connaît qui tu es, chez qui tu vas loger, ce que tu as déjà fait et ce que tu feras avant de repartir. C’est aussi la prise de conscience littéraire avec Djené Town journal qui a fait fureur à son époque dont le promoteur aujourd’hui s’occupe du centre linguistique de Yoko.

Les bâtiments baroques laissés par les Allemands, des lieux d’histoire comme la forteresse, et le beau théâtre de ses prisons les personnalités célèbres qui y séjournaient Ernest Ouandié le roi Soukoudjou et Dakollé Daisala rendent la ville quelquefois tristement célèbre. Mais regardons Yoko avec des yeux majeurs. Dès qu’on foule les pieds, il y a cette vibration positive. On n’oubliera jamais qu’il y a eu Bafia. Cette ville qui à proprement parler dépendait pendant la colonisation de Yoko a eu la chance d’évoluer au détriment de cette dernière.

L’amour à Yoko.

Une merveille. Généralement à Yoko l’amour est dans le pré. Les grands commis de l’Etat font souvent des descentes pour faire revivre le goût de l’amour aux filles du pays. Les jeunes filles tombées dans les bras de ces grands sponsors retrouvent leur virilité de jeunesse. Le même langage « il ne faut pas avoir peur de mes cheveux blancs, je suis encore jeune » clament-ils souvent à cette dernière. La plupart des agents de l’état qui sont célibataires dans la ville se sont mariés. L’amour, né souvent d’un simple regard, d’un sourire, d’un geste, tout est parti, il n’y a pas question d’origine ici, le tribalisme n’existe pas à Yoko, ville carrefour des peuples. les Baboutés ont l’art d’aimer c’est à travers de l’amour que ce peuple parle aux autres peuples.
Une parole courtoise, un cadeau, un service. On peut arriver avec des préjugés, mais on repart avec l’amour. Les filles de Yoko ont l’art d’aimer, faut pas dire que c’est ma fiancée, c’est très sérieux ça colle sur toi à vie, tu portes sur ton dos comme une carapace. Généralement, les relations amoureuses se font dans le voisinage, sous le regard des mamans qui cousent, qui préparent, qui vannent le couscous manioc, ou en préparant les mets de pistaches.

Les femmes de Yoko ou les Yokolaises

Ce qui est marquant dans cette ville, c’est effectivement d’abord cette présence féminine… les femmes de Yoko… des tops modèles il y en a eu. Il y a un esprit condescendant qui les anime, parce que ce sont des femmes émancipées depuis longtemps. La fine fleur sortait du lycée. Elles voient le monde comme Yoko, c’est ainsi qu’elle la décrit, la perçoit avec sa sensibilité, sa nuance, amoureuse de sa ville et assoiffée de sa culture elle chante avec passion ce monde qui leur semble authentique. Et ce n’est pas mauvais. Car c’est une affirmation de sa personnalité. Elle affirme avoir acquis des principes de vie importants.

Très charismatiques dans leur être profond doué pour les bonnes sauces, une sociabilité qui se présente comme une sorte d’arrachement. Des mères pour tous, on retrouve toujours sa propre mère sur tant d’autres. Elles sont différentes des autres femmes dans leur stature, ce sont des femmes sobres et humaines. Au Cameroun, les femmes Vutés célèbres se connaissaient toutes, il suffisait de donner le nom du père pour que tu sois reconnue, et qu’on te rappelle son histoire et ceux de tes aïeux. Les Vutés sont des cousins, il y a toujours on retrouvera un oncle ou une tante après un entretien. « you beme taki, on ta-tenè , me yadjiri yo ya» « tu m’appelles grand père ou oncle, je suis ta tante  ». Cette retrouvaille originale me fascinait, que plaisir de retrouver une tante, un oncle, un cousin ou un neveu qu’on ne s’était imaginé.

Ce sont aussi des femmes dressées, exotiques orchidées qui connaissent la douceur de l’aube. Aspergées par une beauté virginale, toujours drapées dans un tissu pagne pailleté de dessin, elles ont le pouvoir sur elles-mêmes, mais elle laisse l’homme s’y complaire. C’est à l’aube qui faut les voir, elle enjambe majestueusement avec calme sa rue en saluant langoureusement les passants polis, beauté d’ébène, rarement à la peau brune, elle fait partie des grandes femmes de la tour des sept colonnes, avec le même charisme de toujours sur notre misérable terre. Femme des proverbes, elle parle avec élégance et donne à sa parole une dimension surhumaine dont les déesses sont quelquefois dotées. Une grâce, une prestance, avec une aura qui aveugle les esprits. Elle a grandi ainsi et forme à son tour sa fille chérie, pour briller de mille couleurs, elles ont cette aura et cette profusion d’amour éternel, respectant les valeurs immuables inculquées par les mères.

Mes premiers poèmes, je les écris à Yoko, des poèmes sur l’amour bien sûr. Un environnement romanesque comme celui-là ne peut qu’entraîner à des méditations profondes pour un écrivain ambitieux. On a vécu des choses que j’ai longuement relatées dans mon ouvrage revoir Yangba. Yoko y trouve une part active. Beaucoup de gens l’ont lu avec grand intérêt comme le petit Benoit Yangba à qui j’ai donné le   privilège rédiger l’avant-propos. Ce livre qui reçut le Grand Prix aimé Césaire est toujours en course pour le Grand Prix littéraire de l’Afrique noire édition 2019 (prix non décerné à cause du cov19 sera finalement proclamé en mars 2023).

Légende de Yoko Ahidjo

Une légende raconte qu’Ahidjo de passage dans cette contrée n’eut pas l’hospitalité espérée et aurait dormi à la belle étoile en compagnie de son ami Sadou Daouda dans les années 50, il gardera une haine bestiale à l’encontre de Yoko qui deviendra pour lui le centre de détention des criminels du pays. Quand on sait que le grand Mbam est une terre hospitalière, c’est à voir si les deux aventuriers ne ressemblaient pas à des geôliers pour faire autant peur ce jour-là.

À Yoko comme dit Guillaume apollinaire, les temps s’en vont, je demeure. Nous sommes dans une rive perdue qui nage dans un océan de forêt verte. Là, on tire notre souffle frais des brises qu’on respire. Ce qui me plaît, ce sont ces petits vallons qui montrent les chemins des champs, ces oiseaux qui chantent, on dirait qu’ils grincent de la lyre. Le frisson du vent et ses frémissements. Ce sont des souvenirs. C’est avec tout cela qu’on attend le lendemain. Voilà Yoko, aujourd’hui, qui avance comme on l’espérait. Que ce n’était qu’une question de temps qu’il fallait toujours tenir pour voir demain autrement. Yoko fera éclore une poule aux œufs d’or.

Les groupes de gospels à Yoko

Comme une rencontre de grâce. Les cloches de la messe sonnaient dans tout Yoko. Une ambiance effervescente conduite par le père Michel en personne qui disait la messe en langue Vuté dans un accent de Ngoro. Des chorales merveilleuses dont on ne résistait pas aux chants d’allégresse qui grisent des voix à l’unisson. Véritable spectacle des esprits avec Joseph Tshemvi et Gouyo pour voix principal au tambour donnait le dimanche la petite flamme à l’intérieur. Quel plaisir d’avoir vu Gouyo jouer. Les génies qui malheureusement sont nés ailleurs. La quête donnait 90 f cfa le dimanche, les jours de fêtes, on pouvait avoir 300 f cfa après la messe, c’étaient les retrouvailles dans la cour de l’église. Des accolades feutrées sur son seuil, des images fugitives de ces petites rencontres fugaces. Mais un sentiment réconfortant d’un village célébrant, le temps d’une messe, une possible réconciliation avec le temps. La vie religieuse a pris place à Yoko avec les Norvégiens même si la population est foncièrement animiste, elles peuvent trouver dans les moments de détresse une chaude vibration.

La prison

La prison. Oh la prison ! Rébarbative, acrimonieuse, acariâtre, revêche et pénarde, gardent les hommes rejetés du pays. Ces prisonniers, qui réclament souvent justice, déambulent dans les rues de la ville avec ce goût très pointu du travail. Un monde irréel avec des condamnés errants à la recherche à longueur de journée dans ces maisons de disettes, des hypothétiques et apocalyptiques travaux pour la subsistance. La ville même avec son éloignement du temps passé n’était pas différente d’une prison, les prisonniers lancés dans cette nature n’y pensaient même pas à une évasion même pas la moindre velléité lorsqu’ils contemplaient cette immensité verte avec ce qu’elle peut contenir comme reptiles.

Eh bien voilà Yoko, lorsque je l’observe aujourd’hui, je ne la reconnais pas, nous sommes loin de ce que j’ai connu. La ville est plus frénétique, exubérante et amplifiée.

 Avec son imaginaire qui galope, fabriquant lui-même ses propres espoirs, elle se regarde aujourd’hui dans un miroir, sachant de quel côté elle se trouve. Yoko a une insatiable faim de grandir pour s’offrir au monde. Ses poings sont levés. Une espèce de volcan doucereux, aux pieds poudrés dans un  corps qui danse.
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bibliographie

revoir yangba et nkongsamba (calvin djouari)
document historique sur yoko 
entretien avec Doup Prévost

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FRANCE :: SOCIETE

Infos: Actualités France :: Yoko ville d’avenir une cartographie observée par Calvin DJOUARI :: France news

J’ai foulé les pieds à Yoko pour la première fois en 1994 en Play boy, la tête bien raffinée, un corps reluisant, j’étais à l’âge mûr. Cette année-là fut assez mouvementée. Je sortais fraîchement de l’université de Yaoundé. J’étais donc un « Faker » comme on le disait à l’époque qui retrouvait avec joie ma

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Infos: Actualités France :: Yoko ville d’avenir une cartographie observée par Calvin DJOUARI :: France news

J’ai foulé les pieds à Yoko pour la première fois en 1994 en Play boy, la tête bien raffinée, un corps reluisant, j’étais à l’âge mûr. Cette année-là fut assez mouvementée. Je sortais fraîchement de l’université de Yaoundé. J’étais donc un « Faker » comme on le disait à l’époque qui retrouvait avec joie ma contrée d’élite, c’est-à-dire les bas-fonds du Cameroun. J’ai revu Yoko deux années plus tard en 1996.

Cette fois-là, je venais accompagner une amie qui s’y rendait pour des raisons de santé. Yoko étant l’un de beaux fiefs de la médecine traditionnelle. Une montagne d’années de vie me sépare avec le Yoko dont il sera question aujourd’hui. La Saviem qui nous transportait, était conduite par le célèbre chauffeur de l’époque papa Michel. Le voyage avait fait presque 14 heures. Nous avons quitté Yaoundé à 7h pour arriver à Yoko à 21 heures, poussiéreux comme les hommes sortis d’un désert.

Mon père dont la mère était native, nous parlait toujours de Yoko, de son enfance dans cette ville créée en 1889 par les Allemands, un sous-lieutenant au nom de Nolté. C’était une ville propre, qui possédait un jardin botanique. Yoko ville capitale des Baboutés, son nom vient de la colline Medjain, qui abritait la première école moderne. Nous sommes en période allemande et elle va perdre la guerre. Et, à partir de ce moment, Yoko va perdre aussi ses lauriers au profit de Bafia qui, à cette époque était un village au bord de la route. Yoko, ville des Baboutés qui avait pour poste avancée Bankim, Tibati, Ngaoundal était respecté pour ses ancêtres guerriers. C’est le Cameroun profond. Le dernier recensement a chiffré la population à une vingtaine de mille d’habitants sans qu’on ne soit sûr de son nombre exact, inégalement répartis sur une superficie de 15 000 km2. Avec l’exode rural, Yoko a perdu une grande partie de sa population.

Yoko est une ville ancienne, c’est connu. Le voyage pour Yoko était un voyage long. C’est le Cameroun profond. Le simple fait d’y penser à ce voyage donnait des migraines. Mais la gentillesse, l’amabilité et la générosité de ses habitants poussaient à l’aventure. Car voyager pour Yoko était excitant, c’est un safari dans les tropiques. Quel plaisir de voir les forêts, d’amorcer un virage périlleux, rencontrer un chimpanzé gravir une côte, cheminer à pied en cas de panne, pousser la voiture, entendre le vrombissement du moteur en aspirant l’épaisse fumée de sa combustion, qui embaumait cette végétation abondante dans son océan d’arbres. Tout cela accroissait notre curiosité et notre appréciation du périple.

Le car chargeait à la briqueterie ; dans les années 80, on y passait la nuit ; une nuit effervescente d’ambiance de voyage comme dans un salon de bazar. Les Baboutés se connaissent tous. Du moins, ils ont plus ou moins des liens proches conçus par alliance. Le car quittait à 7h. C’était un voyage de causerie, de ra-contage, de plaisanterie de toute sorte. Nous partagions au cours de ces voyages des intenses instants de fou rire. Surtout lorsque dans le car il y a une personne qui manie bien la langue maternelle.

Cela implique que dans le car, on discute de tout : de philosophie, de football, de magie, d’Alima, de Nguétou ou de Guervoum. C’était un endroit idéal pour quiconque veut se rappeler de sa jeunesse. Le voyage pour Yoko, symbolisait pour tous les Baboutés une grande retrouvaille. Le souvenir de Julie décédée tragiquement dans le car, tuée par une masse de boites à outils qui s’y logeait au-dessus de sa place. Magique n’est-ce pas ? dira-t-on.

Le goût de cette aventure était aussi marqué par l’attitude d’Ali le Motor Boy qui laissait le car s’éloigner à plus de 100 m avant de le rattraper à la course pour s’accrocher à l’échelle. Voir aussi les baboutés  et les vutés  https://o-trim.co/bte

Yoko a toujours eu le sens de l’histoire, c’est une ville affectionnée par les Allemands qui y avaient installé leur quartier général. Les tombes de ces colons sont encore là et devaient servir de témoignage et d’héritage vivant.

J’ai rencontré à l’époque des personnages fascinants tels que : Joseph Tchemvi, AZO, Louna grand professeur de maths, le père Michel que j’ai rencontré ici à Paris avant son décès, le grand diplomate Gbalé, Sylvie Okala, le souvenir de Véronique et de son généreux papa grand techniciens agricole, papa Djamna qui faisait l’agriculture avec fierté dans un idéal de liberté.

On n’oubliera pas l’enseignant Notchalé auteur du livre les « Baboutés et leurs voisins. » Cet homme a formé de nombreux Camerounais. Derrière son visage aujourd’hui fatigué, sa passion immodérée pour la littérature se lit toujours.

Yoko dégage, de jour comme de nuit, une grande énergie d’une civilisation lointaine. Lorsqu’on l’évoquait à un camerounais, celui-ci faisait voyager son esprit vers Yokadouma. Pourtant, rien à voir avec cette ville de l’Est du Cameroun. Dans mon livre revoir Yangba et Nkongsamba, j’y consacre plus de 60 pages à Yoko. Des passages qui expliqueront à la postérité son visage d’antan avant qu’elle ne soit ce qu’elle est aujourd’hui.

J’ai rencontré ici à Paris un des fils des premiers sous-préfets de Yoko des années soixante. Un certain Ateba Awono Daniel. Qu’il était content de rencontrer une personne ressortissante d’un village où il a passé son enfance ! J’ai partagé des moments chaleureux en sa compagnie. Il me racontera des anecdotes saisissantes : comment en compagnie de son père blottis dans la range rover, ils rencontraient des lions étalés sur la route et qui ne se levaient lorsqu’ils le voulaient ou encore des troupeaux de buffles par milliers qu’ils observaient à l’approche d’une savane. Il me parlera aussi du Baourou Seidou qui fut chauffeur du général Leclerc et le premier noir à entrer dans la ville de Paris libérée. Le souvenir d’Ernest Ouandié qui aurait enseigné à Yoko et qui finit par la prison de la même ville. Il connaissait les habitants de Yoko par cœur, les haoussas, les Mboum, les Tikars, Baveuck, et avant dit-il, on y trouvait des peuls.

Le renouveau de la ville

Il y a longtemps, Yoko, cette vieille cité, éprouvait cette envie de retrouver sa jeunesse d’antan. Cette ville, qui a traversé le temps, a foncièrement mûri aujourd’hui grâce aux talents de ses administrateurs. Avant d’aller plus loin rappelons un peu ces moments de braises à yoko. Voir un article similaire Ngoro  https://o-trim.co/cka

Yoko et son département

C’est avec un goût amer qu’on accueilli la nouvelle de Ntui érigée en département avant Yoko. La division de ces régions en deux départements est critiquable sur le plan ethnique, cette division à la coloniale qui est souvent à l’origine des rivalités des tribus riveraines avaient été mal pensée. Celui qui avait conseillé cela au chef de l’état ne connaissait pas l’histoire du Grand Mbam, pour l’administration en choisissant Ntui avant Yoko. Pour eux, qui étaient les grands ? Tous ces tribus ont pour parrain les Vutés et Yoko est la capitale. Ce n’est pas négociable.

Les Vutés dans son ensemble à l’époque ont piqué une crise de colère après ce décret. Pour calmer les esprits, toutes les élites viendront à Yoko calmer les habitants, car les Vutés étaient prêts à faire une expédition punitive sur Ntui et leur faire comprendre que bien qu’elle soit devenue, « star département », Yoko restera le maître de la région. Les promesses tombaient comme de la pluie. Toute une panoplie de promesse allant de la construction de la route d’aujourd’hui en passant par la création d’un pont. Cette promesse faite il y a 30 ans, voit enfin le jour. Cette ville abandonnée, jetée dans la poubelle de l’histoire renaît de ses cendres. La promesse politique n’engage que ceux qui la croient.

Après la marche de la population, les autorités de Yaoundé enverront un sous-préfet tyran en la personne de Somo Lys Daniel. Un homme de Dieu. Monsieur était foncièrement chrétien. Le premier devoir qu’il va se donner est de convertir le village au christianisme de réveil. Pour ce chef de terre, le département que Yoko réclame viendra par un salut : celui de Jésus, et il revient bientôt. Il va mettre l’accent sur cet aspect, d’abord : les prières au sein de toutes les administrations 5 fois par jour. Chaque fois qu’un usager se présentait devant lui, il commençait par une longue litanie de prière agrémentée de chants religieux. Toute parole prononcée était soutenue par un texte biblique. Au bureau des chants religieux, avant d’accueillir tout usager avant de le servir.  On le voyait déambuler dans les quartiers de Yoko un chapelet enrôlé à la main gauche en chantant allégrement des cantiques.

Celui-ci aura l’opposition du père Michel qui faisait à sa tête ; ce père qui n’était pas lui-même un saint, refusera d’obtempérer devant toutes les injonctions du chef de terre ; il ira même jusqu’à le qualifier dans une homélie de fou de Dieu. L’envoyé du chef de terre ira plus loin dans ses tendances autocratiques. Il interdit les manifestations comme les anniversaires ou les bals populaires pendant les jours de fêtes nationales ou religieuses. C’est ainsi que lors du réveillon du 24 décembre 1994, il demande que les bars qui étaient en pleine animation soient fermés immédiatement. J’étais présent dans le bar, s’y trouvait également son adjoint, les hauts cadres de l’administration, et les élites de Yaoundé, venues fêter Noël à yoko. Cet événement s’est déroulé dans le bar de Djamna, le seul bar qui avait la bonne musique. Et comme Yoko est ce qu’elle est, ce chef de terre sera rappelé à Yaoundé où il ira finir douloureusement.

Yoko a eu de ces sous-préfets ! Un autre dont j’aimerais bien taire le nom fut champion des femmes, il prenait tout : élève, commerçante, usager, employé de bureau. Celui-ci a failli se faire décapiter par un boucher qui l’avait surpris sur sa femme. L’homme n’avait pas de retenue, il prenait son pied partout, dans son véhicule, dans son bureau, il allait jusqu’à chercher les femmes dans les champs en plein travail champêtres. En cours de route, il garait carrément sa voiture et récupérait les femmes qui rentraient des champs les draguait et finissaient avec elles derrière un arbre en pleine brousse.

Le père Michel

 Le père Michel beaucoup ne le savent pas, était un ancien légionnaire formé pour travailler sur les terres arides ; il était là pour observer tout ce qui se déroule à la prison de Yoko et rendre compte à sa hiérarchie. Partout où il y a des endroits carcéraux d’envergure, un prêtre blanc n’est jamais loin. Puisqu’il sera en même temps aumônier de la prison pour veiller au grain.

Yoko la rose.

A cette époque, Yoko avait deux humanités : celle du jour et celle évidemment de la nuit. Le jour, c’est la vraie ville sympathique, propre avec ses douze mille habitants donnant à l’ensemble une atmosphère familiale. Un quartier représente une grande famille. Il y a des maisons modernes. Il fait bon vivre aussi dans des fascinantes paillotes, chaque soir les femmes papotent, soit pour coudre, soit pour vivre, soit pour chanter, en s’occupant des enfants qui trémoussent sur la cour. C’est quelque chose d’extrêmement vivant. Il y a bien sûr une part de ruralité là-dedans, et je me souviens surtout de l’ambiance de l’univers féminin, parce qu’il y avait beaucoup de femmes : mes tantes, ma sœur aînée Mandari, des cousines et mon cousin Emile de regretté mémoire… Ce sont des bruits, des odeurs, et des rires et des chansons de chorale qui s’associent aux souvenirs d’un jour.

Des modestes maisons, le quartier administratif est superbe comme celui dénommé santa Barbara en construction, là, on peut déclamer des hauteurs les nuages qui annonçaient la pluie qui ne tombera presque jamais et qui donne pourtant à ses passants homériques un air de liberté.

Le jour représente énormément de choses dans la ville de Yoko. On est heureux de voir le lointain paysage de soleil et les bouchers qui liment leur couteau en lançant des petites blagues aux clients. Il faut noter que les bouchers de Yoko ne sourient avec le client que s’il vend la viande qui a déjà fait quelques jours, il ne montre pas ses dents lorsque devant lui, on trouve la viande fraîche.

À la tombée des ténèbres nous allions à la rencontre des nuitards, aidé des jeunes de la ville qui nous emmène dans les bas-fonds de Yoko.
La nuit n’est toujours pas noire comme on peut l’espérer, avec ces chiens qui aboient comme s’ils avaient aperçu des cameramen.

C’est là où on découvre une ville où la noirceur est reine. Cette humanité sombre ne va pas aussi loin qu’il le peut dans l’exploration des profondeurs ; car, à Yoko la nuit, c’est trois fois le jour. Elle s’y complaît à ce temps ; c’est pourquoi la nuit peut se prolonger.

Yoko qui était la ville reine du grand Mbam dans les années 55 a vécu des injustices. On a claironné pour que cette ville devienne un département, on a même marché, une délégation forte composée de l’homme d’affaires James Onobiono viendra rassurer. Le préfet de Ntui des années 94 Abaté promettra… Mais rien. J’ai longtemps plaidé, toujours le silence de Yaoundé. Et voilà qu’arrive le ministre Sadi… Enfin un autochtone de Yoko ministre. Il va occuper un grand poste. Il sera à l’administration territoriale. Brillant diplomate, ce fut une joie… On se frottera les mains, les Baboutés buvaient à bouche que veux-tu, dans toutes les causeries du soir… Que le département c’est dans les prochains jours… Yoko sera-t-elle érigée en département dans les prochains jours ? on attendra longtemps, et le ministre diplomate s’en ira sans y faire la moindre allusion. Il a été la dernière chance de cette ville.

Yoko aujourd’hui

Aujourd’hui Yoko émerveille par sa symétrie et son décor bigarré. C’est une ville montante dans son homogénéité ou les parallèles se côtoient, c’est la ville du domino avec son carré-présent qui appelle les voyageurs à s’arrêter et à y séjourner en temps des fêtes, c’est la réjouissance baroque dans les maisons qui chauffent à l’allure d’une combustion vive ; des réjouissances féeriques qui finissent parfois dans un sommeil de coma, mais qui est vite repris le samedi de fin de mois lorsque les geôliers reçoivent leur gagne-pain. C’est là où tu vois les Yokolais et Yokolaises trémousser dans les bars surchauffés au rythme des musiques anciennes. 

Yoko aime les musiques d’antan, c’est quand une musique est passée de mode depuis 10 ans que Yoko prend le relais, la musique sera dansée pendant les deux autres années, comme pour dire qu’il y a des chansons qui sont passés de mode ici qui ne sont pas encore arrivées à Yoko. C’est pourquoi les fêtes à Yoko durent. Et oui, c’est normal, la musique, c’est comme du vin, plus elle est ancienne plus elle enivre. En deux jours, l’argent est fini et le camion de bière remonte sur Yaoundé pour le ravitaillement. A l’époque, lorsque le camion de papa Djamna arrivait, toute la ville était alertée, « Soum feintê, » la bière est arrivée…La bière est arrivée… Le journal « Djenné tong » titrait à la une. Tout s’arrêtait. C’est là où le présent rappelait le passé. Les paysans sortaient des champs. Durant les deux ou trois jours, les casiers de bière vide retournaient sur Yaoundé. 

Yoko est une ville de prédilection pour l’écriture. J’y ai rencontré des personnages fantastiques comme le tristement célèbre Wouigne. Ce petit bout d’homme a laissé des marques. C’est une ville historique qui a eu des têtes pensantes comme le professeur Francois Ngandji, celui-ci a fait la célèbre école William Ponty du Sénégal et l’université de Bordeaux et qui deviendra le premier vice-chancelier camerounais de l’université de Yaoundé dans les années 70, et directeur adjoint du CUSS. Avant lui, il  y a eu des personnages tout aussi célèbres comme BAOUROU Saidou ancien chauffeur du général Leclerc qui sera aussi le premier taximan camerounais dans la ville de Yaoundé, il eut le privilège d’être reçu par Georges Pompidou président de la République françaises après le général de Gaulle.

Yoko est donc à cet égard,  une ville des randonnées, d’errance et de pérégrination. Je me souviens encore lorsqu’on organisait le congrès annuel, avec ces étudiants qui venaient animer la ville pour des jours. (Soirées culturelles, congrès, bal, etc.) maintenant qu’il y a la route, pourquoi ne pas reprendre ce mouvement ? Il y fait bon vivre d’observer les chaines montagneuses de l’ouest. On y trouve des vallées et des collines fabuleuses. Le fictif et les rumeurs se nourrissent et se diffusent très vite.
C’est dire que la nature a toute sa place. Le marché commence tôt, pour permettre aux femmes de regagner les champs à toute vitesse avant le réveil des singes. S’il y en a encore.

Le maire actuel Honoré Annir tel que j’observe, est le père du Yoko moderne. Cet homme se bat depuis des années pour la grandeur de cette ville. Des villages non moins célèbres, chevauchent tout près, comme Nguila, Ngouetou, Guervoum, Nazareth, Foui ; c’est aussi une contrée qui est le foyer naturel du RDPC. Dans cette région, être activiste d’un autre parti est une posture qui peut coûter cher. On dira que tu as le « Megbeti » une sorte de sorcellerie qui jette les sorts. Les militants Upécistes ou de l’Undpc qui ont osé militer dans cette région sont presque observés à l’œil. Leur compte est toujours réglé à l’heure dite.

C’est en traversant les hameaux, qu’on se fait une idée de la pauvreté et de la misère, ces manques de moyens de tout genre. Pourtant une terre qui fait sortir du bois depuis un demi-siècle. Une terre de café et de cacao. Une région qui avait la plus importante faune du Cameroun.

La voirie

Outre les routes, Yoko a bénéficié d’une voirie municipale, ce qui fera son élégance. Les conditions de salubrité n’en étaient pas une, les détritus n’ont jamais colonisé la ville de Yoko. Les odeurs pestilentielles sont généralement ceux des viandes boucanées. Les Vutés, généralement, sont des personnes propres vêtus de leur boubou comme les Sarakolés ou les Peuls, ils tiennent à ce que leur entourage soit impeccable, la voirie répondrait plus à un besoin de création d’emplois que de révolution sanitaire. Mais il s’agit aussi de préparer l’avenir… Qui sait avec la population qui s’accroît de façon géométrique ce que Yoko deviendra d’ici dix ans. 

Les études à Yoko

La jeunesse à Yoko m’a-t-on dit, est un temps de bénédiction. Car c’est une ville indiquée pour les belles études, les conditions climatiques sont favorables. Le lycée malgré son manque de matériel et parfois d’enseignants, constitue un grand lieu d’épanouissement intellectuel. J’ai rencontré des enseignants dévoués dans ce lycée sans grands moyens qui avaient une ferme volonté de transmettre le savoir et qui le faisaient bien. Chaque année est spéciale et les réussites à des diplômes sont un événement qui concerne toute la ville. C’est chaque habitant qui se sent honoré. C’est pourquoi généralement, on affiche partout, Yoko a eu cette année telle réussite au BEPC, PROBATOIRE et BAC. Les conditions d’études sont rigoureuses, généralement les enseignants sont rares et ils font avec les anciens étudiants au chômage. Les élèves qui quittent généralement Yoko réussissent vite quand ils trouvent les meilleures conditions. Rien n’arrête plus leur élan. Tout leur sert de réussite, beaucoup sont des littéraires, leurs matières préférées. Malgré quelques coups de bâton qui ont fort heureusement disparu aujourd’hui, les maîtres chicotent au primaire pour donner le goût d’apprendre. Mais ce n’est pas ça qui fait étudier un enfant Vuté quand il veut faire la tête. Il y a ceux qui ont eu la tête dure. A l’instar de cet Elève qu’on appelait Nônen. Lorsque le maître demandait aux élèves de se mettre debout Nônen restait assis. Donne cent coups de bâton, Nônen ne se lèvera pas. Il ne bouge pas sous les regards médusés de ses camarades et du staff scolaire. Une attitude qui cadrait avec la traduction de son nom, « celui qui ne parle pas ».

Le lycée a connu des élèves extrêmement intelligents comme le diplomate Gbalé, la femme d’affaires Mekenda Elisabeth, ou encore M. Thérèse aujourd’hui docteur, et tant d’autres dont les noms m’échappent sont des hauts commis de l’état. La ville a connu aussi des lamentables élèves idiots comme Okala jo. Ce cerbère que j’ai trouvé en aventure en Afrique du Nord et dont j’ai apporté tout mon concours a pollué l’atmosphère avant de partir. Voilà un frère comme on aime dire à l’extérieur, qui atterrit de nulle part, et qui tombe entre tes mains, tu l’accueilles, tu le présente à toute la famille, tu lui négocies un boulot dont la hiérarchie accepte difficilement. Je veux faire de lui un surveillant de collège… il ne le souhaite pas… je m’aperçois qu’il ne sait ni lire, ni écrire… je fais donc de lui le chef des gardiens de nuit et du jour. Il y a 15 gardiens dans ce grand groupe académique. Je négocie une résidence. Je suis enfin content de retrouver un frère avec qui je peux causer tous les jours en langue maternelle, je lui confie des secrets professionnels pour l’aider dans son travail. Un mois après, il diffuse partout les plus secrets, je suis mis à nu. Me voilà presque dégommé, qui perd toute confiance de ma hiérarchie. Les calomnies commencent. Mon départ aussi. Comme chez nous, on aime les médiocres, il sera adulé, on le mettra sur un piédestal, avant de mordre à son tour son maître. Quand on n’aide pas souvent, personne ne peut le comprendre. Mais revenons sur Yoko.

Projet de 1000 livres.

Il y a dix ans, j’ai dit que j’enverrai 1000 livres au lycée de Yoko. J’ai chez moi 3000 livres. C’est connu. Tous ces livres, je les ai achetés. Beaucoup ne savent pas pourquoi ce projet n’a plus connu son essor. Lorsque, j’ai annoncé la nouvelle, des ténors ont cru que j’avais d’autres ambitions. On m’a écrit inbox pour me dissuader et d’autres pour exiger leur parrainage, je tais le nom ici, ils se reconnaîtront. Voilà pourquoi j’ai tout arrêté. Ici, en occident, on a la possibilité d’aider nos pays sans arrière-pensée. Je suis écrivain, l’écrivain ne se plie pas devant un roi que ferai-je avec d’autres titres. Nos frères de l’ouest bénéficient de tout cet avantage ici en occident pour le bénéfice de leur contrée. Mais chez nous, on cultive des survivances anachroniques. Qui ici en Europe n’a pas la volonté d’aider son village ? Tout le monde a cette possibilité avec un peu de volonté. C’était une parenthèse, retournons sur Yoko.

Yoko et son côté érémitique

Loin d’être un handicap, l’éloignement est une situation d’ouverture. Aujourd’hui Yoko est devenue une ville-champignon ; elle a une belle diversité. Ce qui accélère le développement ; car Yoko part pour être l’une des plus belles villes du Cameroun dans les 5 prochaines années. Elle sera mieux bâtie et mieux organisée et s’affirmera enfin comme la ville capitale du grand Mbam dont l’administration nous a souvent privé. Yoko était un vrai choc de culture. L’émotion qui s’est retranscrite sur les visages, mais aussi avec des mots, de la musique et des graffitis : le brouhaha des marchands sur les trottoirs, les motos taxis, les autobus bariolés, le concert strident des klaxons des motos, la présence de la grande forteresse dans le paysage, les églises de réveil des un juteux adjectif de cette ville.

Sans oublier les palmiers, les gigantesques pierres, les collines… Un vrai kaléidoscope d’images tropicales auxquelles s’ajoutent les couleurs des hommes dans leur boubou devenu chemise à force d’être déchiré. J’y ai retrouvé un mode de vie qui était un peu ce que j’avais connu à Ngoro et à Yangba. C’est-à-dire, des femmes qui reviennent des champs le soir, avec des lourdes buches sur la tête et qui viennent après s’occuper des enfants. Sur les cours des maisons les animaux qui déambulent avec ses bébés qui traînent sur la boue, des gamins qui traversent la route sans faire attention de la moto qui arrive.

Le téléphone arabe.

Yoko, c’est aussi le pays du téléphone arabe, les nouvelles circulent comme une traînée de poudre. À peine, tu arrives dans la ville que tout le monde est au courant, on connaît qui tu es, chez qui tu vas loger, ce que tu as déjà fait et ce que tu feras avant de repartir. C’est aussi la prise de conscience littéraire avec Djené Town journal qui a fait fureur à son époque dont le promoteur aujourd’hui s’occupe du centre linguistique de Yoko.

Les bâtiments baroques laissés par les Allemands, des lieux d’histoire comme la forteresse, et le beau théâtre de ses prisons les personnalités célèbres qui y séjournaient Ernest Ouandié le roi Soukoudjou et Dakollé Daisala rendent la ville quelquefois tristement célèbre. Mais regardons Yoko avec des yeux majeurs. Dès qu’on foule les pieds, il y a cette vibration positive. On n’oubliera jamais qu’il y a eu Bafia. Cette ville qui à proprement parler dépendait pendant la colonisation de Yoko a eu la chance d’évoluer au détriment de cette dernière.

L’amour à Yoko.

Une merveille. Généralement à Yoko l’amour est dans le pré. Les grands commis de l’Etat font souvent des descentes pour faire revivre le goût de l’amour aux filles du pays. Les jeunes filles tombées dans les bras de ces grands sponsors retrouvent leur virilité de jeunesse. Le même langage « il ne faut pas avoir peur de mes cheveux blancs, je suis encore jeune » clament-ils souvent à cette dernière. La plupart des agents de l’état qui sont célibataires dans la ville se sont mariés. L’amour, né souvent d’un simple regard, d’un sourire, d’un geste, tout est parti, il n’y a pas question d’origine ici, le tribalisme n’existe pas à Yoko, ville carrefour des peuples. les Baboutés ont l’art d’aimer c’est à travers de l’amour que ce peuple parle aux autres peuples.
Une parole courtoise, un cadeau, un service. On peut arriver avec des préjugés, mais on repart avec l’amour. Les filles de Yoko ont l’art d’aimer, faut pas dire que c’est ma fiancée, c’est très sérieux ça colle sur toi à vie, tu portes sur ton dos comme une carapace. Généralement, les relations amoureuses se font dans le voisinage, sous le regard des mamans qui cousent, qui préparent, qui vannent le couscous manioc, ou en préparant les mets de pistaches.

Les femmes de Yoko ou les Yokolaises

Ce qui est marquant dans cette ville, c’est effectivement d’abord cette présence féminine… les femmes de Yoko… des tops modèles il y en a eu. Il y a un esprit condescendant qui les anime, parce que ce sont des femmes émancipées depuis longtemps. La fine fleur sortait du lycée. Elles voient le monde comme Yoko, c’est ainsi qu’elle la décrit, la perçoit avec sa sensibilité, sa nuance, amoureuse de sa ville et assoiffée de sa culture elle chante avec passion ce monde qui leur semble authentique. Et ce n’est pas mauvais. Car c’est une affirmation de sa personnalité. Elle affirme avoir acquis des principes de vie importants.

Très charismatiques dans leur être profond doué pour les bonnes sauces, une sociabilité qui se présente comme une sorte d’arrachement. Des mères pour tous, on retrouve toujours sa propre mère sur tant d’autres. Elles sont différentes des autres femmes dans leur stature, ce sont des femmes sobres et humaines. Au Cameroun, les femmes Vutés célèbres se connaissaient toutes, il suffisait de donner le nom du père pour que tu sois reconnue, et qu’on te rappelle son histoire et ceux de tes aïeux. Les Vutés sont des cousins, il y a toujours on retrouvera un oncle ou une tante après un entretien. « you beme taki, on ta-tenè , me yadjiri yo ya» « tu m’appelles grand père ou oncle, je suis ta tante  ». Cette retrouvaille originale me fascinait, que plaisir de retrouver une tante, un oncle, un cousin ou un neveu qu’on ne s’était imaginé.

Ce sont aussi des femmes dressées, exotiques orchidées qui connaissent la douceur de l’aube. Aspergées par une beauté virginale, toujours drapées dans un tissu pagne pailleté de dessin, elles ont le pouvoir sur elles-mêmes, mais elle laisse l’homme s’y complaire. C’est à l’aube qui faut les voir, elle enjambe majestueusement avec calme sa rue en saluant langoureusement les passants polis, beauté d’ébène, rarement à la peau brune, elle fait partie des grandes femmes de la tour des sept colonnes, avec le même charisme de toujours sur notre misérable terre. Femme des proverbes, elle parle avec élégance et donne à sa parole une dimension surhumaine dont les déesses sont quelquefois dotées. Une grâce, une prestance, avec une aura qui aveugle les esprits. Elle a grandi ainsi et forme à son tour sa fille chérie, pour briller de mille couleurs, elles ont cette aura et cette profusion d’amour éternel, respectant les valeurs immuables inculquées par les mères.

Mes premiers poèmes, je les écris à Yoko, des poèmes sur l’amour bien sûr. Un environnement romanesque comme celui-là ne peut qu’entraîner à des méditations profondes pour un écrivain ambitieux. On a vécu des choses que j’ai longuement relatées dans mon ouvrage revoir Yangba. Yoko y trouve une part active. Beaucoup de gens l’ont lu avec grand intérêt comme le petit Benoit Yangba à qui j’ai donné le   privilège rédiger l’avant-propos. Ce livre qui reçut le Grand Prix aimé Césaire est toujours en course pour le Grand Prix littéraire de l’Afrique noire édition 2019 (prix non décerné à cause du cov19 sera finalement proclamé en mars 2023).

Légende de Yoko Ahidjo

Une légende raconte qu’Ahidjo de passage dans cette contrée n’eut pas l’hospitalité espérée et aurait dormi à la belle étoile en compagnie de son ami Sadou Daouda dans les années 50, il gardera une haine bestiale à l’encontre de Yoko qui deviendra pour lui le centre de détention des criminels du pays. Quand on sait que le grand Mbam est une terre hospitalière, c’est à voir si les deux aventuriers ne ressemblaient pas à des geôliers pour faire autant peur ce jour-là.

À Yoko comme dit Guillaume apollinaire, les temps s’en vont, je demeure. Nous sommes dans une rive perdue qui nage dans un océan de forêt verte. Là, on tire notre souffle frais des brises qu’on respire. Ce qui me plaît, ce sont ces petits vallons qui montrent les chemins des champs, ces oiseaux qui chantent, on dirait qu’ils grincent de la lyre. Le frisson du vent et ses frémissements. Ce sont des souvenirs. C’est avec tout cela qu’on attend le lendemain. Voilà Yoko, aujourd’hui, qui avance comme on l’espérait. Que ce n’était qu’une question de temps qu’il fallait toujours tenir pour voir demain autrement. Yoko fera éclore une poule aux œufs d’or.

Les groupes de gospels à Yoko

Comme une rencontre de grâce. Les cloches de la messe sonnaient dans tout Yoko. Une ambiance effervescente conduite par le père Michel en personne qui disait la messe en langue Vuté dans un accent de Ngoro. Des chorales merveilleuses dont on ne résistait pas aux chants d’allégresse qui grisent des voix à l’unisson. Véritable spectacle des esprits avec Joseph Tshemvi et Gouyo pour voix principal au tambour donnait le dimanche la petite flamme à l’intérieur. Quel plaisir d’avoir vu Gouyo jouer. Les génies qui malheureusement sont nés ailleurs. La quête donnait 90 f cfa le dimanche, les jours de fêtes, on pouvait avoir 300 f cfa après la messe, c’étaient les retrouvailles dans la cour de l’église. Des accolades feutrées sur son seuil, des images fugitives de ces petites rencontres fugaces. Mais un sentiment réconfortant d’un village célébrant, le temps d’une messe, une possible réconciliation avec le temps. La vie religieuse a pris place à Yoko avec les Norvégiens même si la population est foncièrement animiste, elles peuvent trouver dans les moments de détresse une chaude vibration.

La prison

La prison. Oh la prison ! Rébarbative, acrimonieuse, acariâtre, revêche et pénarde, gardent les hommes rejetés du pays. Ces prisonniers, qui réclament souvent justice, déambulent dans les rues de la ville avec ce goût très pointu du travail. Un monde irréel avec des condamnés errants à la recherche à longueur de journée dans ces maisons de disettes, des hypothétiques et apocalyptiques travaux pour la subsistance. La ville même avec son éloignement du temps passé n’était pas différente d’une prison, les prisonniers lancés dans cette nature n’y pensaient même pas à une évasion même pas la moindre velléité lorsqu’ils contemplaient cette immensité verte avec ce qu’elle peut contenir comme reptiles.

Eh bien voilà Yoko, lorsque je l’observe aujourd’hui, je ne la reconnais pas, nous sommes loin de ce que j’ai connu. La ville est plus frénétique, exubérante et amplifiée.

 Avec son imaginaire qui galope, fabriquant lui-même ses propres espoirs, elle se regarde aujourd’hui dans un miroir, sachant de quel côté elle se trouve. Yoko a une insatiable faim de grandir pour s’offrir au monde. Ses poings sont levés. Une espèce de volcan doucereux, aux pieds poudrés dans un  corps qui danse.
voir aussi un article similaire https://o-trim.co/bfi
 
bibliographie

revoir yangba et nkongsamba (calvin djouari)
document historique sur yoko 
entretien avec Doup Prévost

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FRANCE :: SOCIETE

Infos: Actualités France :: Martinez ZOGO un corps qui va hanter toutes les personnes mêlées par l’Ecrivain Calvin Djouari :: France news

Depuis dimanche, des confrères et collègues se recueillent au domicile de Martinez Zogo. Des bougies allumées çà et là au siège de la radio, montrent une cérémonie poignante. Ils sont là tous les soirs, rassemblés pour partager cette dure souffrance, cette profonde douleur causée par la disparition d’un grand animateur exemplaire, d’un frère bienveillant, d’un Camerounais affectueux, d’un

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Infos: Actualités France :: Martinez ZOGO un corps qui va hanter toutes les personnes mêlées par l’Ecrivain Calvin Djouari :: France news

Depuis dimanche, des confrères et collègues se recueillent au domicile de Martinez Zogo. Des bougies allumées çà et là au siège de la radio, montrent une cérémonie poignante. Ils sont là tous les soirs, rassemblés pour partager cette dure souffrance, cette profonde douleur causée par la disparition d’un grand animateur exemplaire, d’un frère bienveillant, d’un Camerounais affectueux, d’un cher et précieux ami des auditeurs. Le Cameroun perd chaque jour ses meilleurs enfants atrocement. Le décès de Zogo sera pour nous un deuil national. Les esprits qui accompagneront cet homme à sa dernière demeure, laisseront sur son tombeau l’esprit des anges, qui vengera ce monsieur. 

Zogo était un être humain comme tout le monde, il avait droit à la vie. Personne n’est Dieu sur cette pour le lui arracher de cette façon. Nous sommes encore sous le choc, atteint comme par un coup de massue sur une tête. Moi qui écris sur lui, je ne le connaissais pas, je n’avais jamais entendu parler de lui, mais je mesure l’immense potentialité dont il était doté. Oh mon Dieu ! Pendant que les Camerounais vaquaient à leur occupation, un de leur était quelque part dans la ville en train d’être torturé, que dis-je massacré.

 Depuis dimanche, ma famille ici à Paris, vit ce drame comme une perte personnelle. Le Cameroun tout entier vit l’émotion d’un horrible fait divers. L’image de notre beau pays est une image sordide avec ce drame qui fait le tour du monde. Depuis cette terrible annonce, beaucoup de Camerounais vont dans leur lieu de travail, découragés, abattus et honteux d’une mort indigeste, dont on souffre minute après minute le cauchemar. Une affaire qui déchire l’âme. Ce crime nous déshonore. Que les coupables soient brandis devant le peuple. Voir ce reportage sur le journaliste https://o-trim.co/zws  

Très cher président Paul Biya

Même si nous savons que la vie est un processus qui finit par ce chemin de la mort, nous n’admettrons pas que dans ce pays si difficile, que ce crime reste impuni. Aucun Camerounais ne doit être plus puissant que vous dans ce pays monsieur le président. Nous vous prions de garantir la vie des Camerounais dont vous avez la responsabilité. Vous êtes notre président, notre père, c’est vers vous qu’on se retourne lorsqu’il y a une catastrophe, une attaque extérieure.

Tous les Camerounais sont vos enfants, vous vous devez de les protéger contre les plus forts. Même si les hommes sont faits pour mourir, ce n’est pas de cette façon. Le crime contre Zogo est infernal, c’est sorti de la nuit des temps. Ces dernières années, le lien avec le pays s’est quelque peu distendu. Face à la froideur des hommes et plus précisément à la laideur de cette vie du Cameroun, où les criminels s’affichent, mettent les autres à nu devant vous, nous nous demandons monsieur le président, qui est plus fort que vous dans ce pays ?

Les gens perdent le dégoût de s’y rendre. Les journalistes et d’autres acteurs de la vie politique marchent sur une route infernale. Quand on n’est pas criblé de balles, c’est souvent la prison.

Zogo est devenu une perte personnelle pour chaque Camerounais. Cet homme a vécu un vrai calvaire semblable à celui de Jésus à Golgotha. Il a été dépouillé de son manteau, et sous une terre vide pareille à celle de Jérusalem, c’est là où son corps a été laissée. Mais cette terre deviendra une terre sainte comme celle de Jéricho et comme Jésus, c’est Zogo qui sauvera les autres camerounais morts pour rien. Chacun verra la force des morts sur les vivants. Tous ceux qui vont essayer de voiler ce crime verront la colère des dieux. La mort de Zogo rappelle des drames similaires, c’est pourquoi, il représente à lui seul désormais les hommes qui sont morts dans ce pays sans justice. Je pense à l’affaire Mpondo, au père Engelbert Mveng, à maître Ottou, à Guegnang Souley,  à l’évêque Atangana MBalla, pour ne citer que ceux-là. Voilà des souvenirs des crimes crapuleux.  Le Cameroun n’est pas le seul à éprouver les émotions qui se décrivent ici, c’est partout dans le monde qu’on peut lire cette tristesse.

« Nous rêvons d’un Cameroun meilleur. » Dans les 40 discours adressés à la jeunesse depuis 1982, le président Paul Biya a toujours évoqué ces mots. Même si cela ne s’est toujours pas réalisé, au moins que les Camerounais vivent dans un pays juste et en sécurité.

Quand je rencontre des Camerounais, ils sont peinés ; on nous met toujours au défi de citer au moins cinq noms qui ont fait du bien dans ce pays, des personnes dévoués et honnêtes, à qui on pourrait sans détour confier le destin de notre pays. Aucun visage n’apparaît devant nous. Notre pays est gangrené par des gens qui ont du sang dans les mains. Des hommes pourtant sublimes qui se comportent dans la nuit noire sans lueurs, sans éclats, ni chaleur comme des monstres fumants ; qui ont perdu les mots et la ferveur à force de les utiliser sans valeur humaniste ; leurs discours ne sont plus des mots qui font frémir. N’ayant plus de conscience pour les guider, ni de sens auquel s’accrocher, des personnes qui se ruent vers les chemins maudits dont la marche donne l’anxiété, les chemins les plus longs dans les nuits noires. Autre vidéo sur Zogo sur    https://o-trim.co/vox

Article sur la même affaire du même auteur. https://o-trim.co/cme

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